Expositions/2014 Jean VEBER dessine la Grande Guerre

2014 Jean VEBER dessine la Grande Guerre

Du 20 septembre au 2 novembre 2014, Arnaga expose,  les dessins de guerre du peintre Jean Veber.
Jean Veber (1864-1928) est l’auteur du grand décor du Boudoir de Rosemonde à Arnaga. Son imagination débridée a été remarquée par Edmond Rostand qui lui confie la décoration de cette pièce, au premier étage de la Villa et lui demande de s’inspirer des Contes de Charles Perrault.
A l’occasion des commémorations de la guerre de1914-1918, Arnaga a voulu rendre hommage à une autre facette de cet artiste hors du commun.
En 1914, Jean VEBER est un homme célèbre au sommet de sa carrière artistique. Il  quitte tout à l’âge de 50 ans et participe aux plus durs combats. 
Durant ses permissions, il réalise des lithographies. Elles représentent, soit  des informations parues dans la presse de l’époque, soit des évènements auxquels VEBER a été confronté ; c’est un véritable reportage sur quatre années de conflit. L’ensemble est documenté de photographies, de documents ou de courriers expédiés du front. Ces lettres ont été reprises intégralement dans le livre que paru aux Editions Italiques sous le titre «  J’Y ETAIS, Jean VEBER un peintre dans la grande guerre ».
Grâce à l’arrière-petit-fils de l’artiste, Philippe Veber, Arnaga présente une quarantaine de ces lithographies ainsi que des photographies et correspondances de Jean Veber.

Jean Veber et Edmond Rostand


En 1905, sur la recommandation de l'architecte Albert Tournaire, Edmond Rostand fait appel à  Jean Veber pour créer un des grands décors d’Arnaga, la nouvelle demeure qu’il fait construire à Cambo-les-Bains. Le peintre conçoit le décor féerique du boudoir de Rosemonde. L’auteur de Cyrano est attiré par l’univers fantastique. Il demande à Veber de s’inspirer des Contes de Charles Perrault. L’amitié née entre eux ne s’étiola jamais.

Avec l’entrée en guerre en août 1914, les deux hommes se rapprochent. La demande d’incorporation de Jean Veber n'est pas acceptée. « Vous êtes trop âgé » lui dit-on.  Avec son ami Rostand, qui s'est vu opposer le même refus pour raison de santé, il veut créer un journal, où il pourrait donner libre cours à sa colère « Je vais dessiner et ainsi essayer de faire à l’ennemi le plus de mal possible ; ce sera ma façon de participer au combat puisqu’on ne veut pas de moi comme soldat » écrit-il à sa femme. 

Le projet ne voit pas le jour. Grâce à sa tenacité, il obtient d'être incorporé en septembre 1914 avec le grade de caporal au 168ème RI.
Il ne reverra jamais Edmond Rostand, qui décèdera le 3 décembre 1918.

Août 1914 : Patriotisme et propagande


Jean Veber est un artiste profondément patriote. Il avait senti depuis des années se préparer le terrible conflit et avait édité dès 1910 plusieurs dessins allégoriques.

A l’annonce de la déclaration de guerre le 2 août 1914, son appel au combat est incarné par une femme déchainée, les bras en croix, la robe mêlée au drapeau tricolore. Elle incarne la Mère Patrie qui appelle en hurlant « aux armes » chaque Français à la défendre.

En attendant une éventuelle affectation, Jean Veber met son crayon au service de la propagande anti-allemande. Il reprend les informations publiées dans la presse et dénonce les exactions commises par l'ennemi : exécutions sommaires comme celle du curé de Moyenvic, atrocités comme ces paysans trainés derrière des chevaux au galop, viol des femmes comme instrument de domination ou martyre des enfants. 
 
Le personnage de Guillaume II au début de la guerre est traité comme l’ogre  du Petit Poucet qui écrase les terres françaises. Quatre ans plus tard, c’est un vieil homme au regard fou dans une cellule aux sol et murs couverts de sang.

1914-1917 : Le témoignage d’un artiste soldat


Jean Veber est incorporé en septembre 14 avec le grade de caporal au 168ème RI. Il prend part au combat de Mamey en Lorraine. Bien fatigué par ces combats, marches et contremarches, il obtint une permission, et rentre à Paris pour restaurer sa santé déjà chancelante. Pendant ses permissions, Jean Veber réalise des dessins qui sont éditées sous forme de lithographies.

Fin 1914 début 1915, Jean Veber est envoyé à Malay le Grand près de Sens comme instructeur des classes 15 et 16, avec le grade de sergent. Ses bleus qu’il est chargé de préparer aux combats, comme il les aime.  Attentif à leurs besoins, à leurs qualités, mais aussi à certains de leurs défauts, il les dépeint avec chaleur et compassion, à travers les lettres qu’il écrit journellement à son épouse. Mais son plus ardent désir est de « remonter au front ».

Fin 1915, il remonte en ligne.  Après un stage de maniement des mitrailleuses au 48ème RI,  il intègre le 31ème RI et gagne ses galons d’adjudant accompagnés de la croix de guerre à Vauquois en mai 1916.  A Bouchavesne il reçoit la médaille militaire : « Engagé volontaire à 50 ans pour la durée de la guerre, s’est toujours conduit en héros, vivant modèle de bravoure et de sang-froid, s’est particulièrement distingué pendant les combats du 14 au 21 septembre 1916, où il a prouvé que chez lui la peur était inconnue. Son officier ayant été mis hors de combat, il a pris le commandement de la section qui a contribué puissamment à repousser la violente contre-attaque allemande du 20 septembre ».

« Jeudi 21 septembre 1916
Le soleil se couche, je t’écris de ma tranchée, le champ de bataille est couvert de morts, que de bons camarades tués mais les boches ne bougent plus. Nous avons arrêté leur contre-attaque, hier j’ai tenu 2 heures la mitrailleuse, je les voyais courir, tomber,  et se disperser. Nous sommes fatigués et très difficilement ravitaillés. Nous avons faim et soif ».

Deux jours plus tard, le 23 septembre 1916, il écrit : «  Le cauchemar est terminé, nous sommes relevés, dix jours d’enfer. J’en sors très fatigué, mais ni malade et ni blessé ce qui n’est pas croyable. »

Les dessins du front réalisés par Jean Veber constituent un témoignage poignant. Il présente les visions dantesques des champs de bataille. Dans « Bouchavesne ! … Bouchavesne !», il relate les combats de la Somme du 14 au 21 septembre 1916. Dans un paysage désertique, les explosions projettent les hommes. Au sol, les morts semblent figés d’horreur. Les survivants se sont recroquevillés dans un trou d’obus. Parfois, l’allégorie renforce l’impression de drame comme «  Sous la mitrailleuse boche », avec la mort en action.

Mais parallèlement, il propose des visions inattendues entre humour et horreur comme dans  « La grosse Bertha » ou « Marmites, pots de fleurs, pruneaux » qui reprend l’argot des tranchées et donne l’image littérale aux bombes pourtant si meurtrières.

Dans « Mitrailleuse en action », il reprend un évènement qui lui vaudra la médaille militaire. Son officier hors de combat, il prend la tête du peloton et contribue par sa ténacité de mitrailleur à repousser la contre-attaque allemande.



1917-1918 Le soldat honoré


Dans le secteur du Chemin des Dames, Jean Veber démontre à nouveau son courage. Louis Gillet, correspondant de guerre, écrit : « L’une des dernières fois que je le vis, c’était en 1917 dans une sape du Bois des Buttes. Il était harassé, tout autour de lui respirait l’horreur que dans nos pires cauchemars personne n’aurait osé  imaginer. Dans cet amas de morts et de ténèbres, son visage émacié se spiritualisait encore plus, il rayonnait d’une lueur nouvelle, j’eus  l’impression de saluer un saint. »

Il reçoit la croix de guerre Bronze et vermeil avec palmes accompagné de la citation suivante : «  le sous-lieutenant Jean Veber du 31ème RI a donné pendant les combats du 16 au 21 avril 1917 de nouveaux témoignages d’une abnégation et d’un mépris des dangers admirables. Chargé de réaliser des travaux sur un point de la première ligne constamment battue, il a su par la confiance et le calme qu’il a inspiré à ses hommes mené à bien l’exécution de la tâche ardue qui lui était confiée ».
A cette occasion, le sous-lieutenant Veber est honoré en se voyant confié la charge de porte-drapeau de son régiment que le général Pellé commandant le 5ème corps d’armée décora de la croix de guerre.

En juillet 1917, il est touché par une nappe de gaz. Il est rappelé à l'armistice pour participer comme porte-drapeau du 31ème à l’entrée triomphale des troupes françaises en Alsace. Jean Veber termine le conflit sous-lieutenant, Croix de Guerre Bronze et Vermeil avec palme, Médaille militaire et officier de la Légion d’Honneur.

Jean Veber ne se remit jamais des souffrances endurées durant ces quatre années de conflit. Sa santé ne cessa de se dégrader, il respirait avec peine et était devenu très maigre. Cependant nous dit Louis Lacroix, il supportait ses misères avec stoïcisme, et quand son épouse le plaignait, il répondait « si c’était à refaire, je le referais ». Il meut le 28 novembre 1928.

Jean Veber et les siens


Jean Veber a épousé Juliette Armengaud (1872-1937), petite fille de l’inventeur du moteur à propulsion. Ils auront trois enfants. Claude (1891-1938) pilote d’essai, qui mourut lors des tests d’un nouvel avion, Rosette (1893-1987) qui épousa le compositeur Jacques Ibert (1890-1962) et Michel, dit Nino, qui émigra aux Etats-Unis où il créa une maison d’édition. Il faut un grand ami de Chaplin.

A l’image de l’époux et du père, chacun se dévoue pour la patrie lors de la Grande Guerre. Claude 23 ans est sous-lieutenant, officier observateur dans un régiment d’artillerie lourde puis officier aviateur. Michel 18 ans devance l’appel dans un régiment d’artillerie de campagne.  Ils sont tous deux cités pour leurs belles tenues au feu. Juliette et Rosette servent comme infirmières dans un hôpital militaire.
Savoir ses fils au feu est une fierté et une hantise permanente. Comme le montrent ses lettres, il ne se passe pas un jour sans que ses pensées ne se tournent vers eux.

Claude et Michel reviendront blessés, mais sauf, de la Grande Guerre, distingué de la croix de guerre bronze et vermeille avec palmes pour Claude, et bronze pour Michel.

L’œuvre de Veber : la satyre et la grâce


Avant guerre, Jean Veber était dessinateur de presse et peintre. Ses dessins dans les journaux satyriques « Le Rire » ou l’Assiette au Beurre » faisaient scandale.

Il n’hésite pas à dénoncer la bêtise, la cupidité, les atrocités. Son tableau représentant Bismarck en boucher devant un étalage de têtes humaines est refusé par les organisateurs du Salon de 1897. 
Il provoque des incidents diplomatiques avec l'Allemagne et  l’Angleterre. Un dessin représente l’empereur d’Allemagne la tête suspendue à un clou par les cheveux, l’intitulé était « Le Clou de l’Exposition ». L’empereur Guillaume II avait envisagé de venir en France visiter l’exposition universelle, Veber souhait l’en dissuader.

Sa dénonciation des « camps de reconcentration » du Transvaal en 1901 ou sa caricature d’Edward VII le visage situé par l'artiste sur les fesses de Britannia suscitent les foudres de la censure.
Il s’attaque également aux hommes politiques de son temps comme Jaurès ou Clémenceau.

Parallèlement  à cette veine de caricaturiste, il y avait aussi chez Veber une imagination poétique de grande qualité, on la retrouve dans des illustrations d’ouvrages littéraires comme « l’homme aux poupées » de Louis  Renaud.

Il réalise des décorations de grande dimension, comme la toile des Contes de fées d'Arnaga ou la frise commandée pour l'Hôtel de Ville de Paris. Sur ce grand panneau qui représente une guinguette, une centaine de personnages grouillent à la façon d'un Bruegel. Le tableau a un tel succès d'affluence, qu'un service d'ordre est mis en place.

Jean Veber connait une vraie consécration avec la commande de tapisseries pour la manufacture des Gobelins et celle de Beauvais.  Présentées à l’exposition universelle de 1925, ces tentures ou garnitures de mobiliers obtinrent un énorme succès.

Pour résumer l’homme, Jules Lieure  écrit en 1929 dans l’Amateur d’estampes : « Jean Veber vient de décéder. Il est et restera un puissant moraliste ayant un parfait soucis de l’honneur et un ardant désir de la probité morale. Ses conceptions artistiques étaient éminemment variées et complexes ; à côté du polémiste parfois violent fustigeant l’orgueil et l’injustice, il savait se montrer tendre et délicat souffrant des misères humaines non sans un certain mysticisme qui l’emportait parfois en dehors de l’humanité. Ne nous étonnons donc pas si son œuvre atteint une telle profondeur. Souhaitons, que cette œuvre soit conservée, répandue et connue des générations  futures pour que sa vie ne reste pas vaine et pour que l’effort moral qu’il a poursuivi ne soit pas perdu. »

Nous tenons à remercier Philippe Veber, arrière-petit-fils de Jean Veber, pour le prêt exceptionnel de sa collection ainsi que pour son important travail sur l’œuvre de son aïeul pendant la Grande Guerre qui a abouti à la publication de toute la correspondance du peintre dans l’ouvrage « J’y étais » paru aux Editions Italiques.





















Jean Veber par Edmond Rostand



















Le curé de Moyenvic























































Bouchavesne! ... Bouchavesne!



La grosse Bertha































































































































Le clou de l'exposition



Edward VII



La Guinguette

Les Rostand et la Guerre

le Salon bleu d'Arnaga, seront prochainement présentés des documents évocants le soutien d'Edmond Rostand aux combattants : des échanges de lettres, des dédicaces, des poèmes..

Le poète a écrit un recueil de poésies "Le vol de la Marseillaise"


En 1905, sur la recommandation de l'architecte Albert Tournaire, Edmond Rostand fait appel à  Jean Veber pour créer un des grands décors d’Arnaga, la nouvelle demeure qu’il fait construire à Cambo-les-Bains. Le peintre conçoit le décor féerique du boudoir de Rosemonde. L’auteur de Cyrano est attiré par l’univers fantastique. Il demande à Veber de s’inspirer des Contes de Charles Perrault. L’amitié née entre eux ne s’étiola jamais.

Avec l’entrée en guerre en août 1914, les deux hommes se rapprochent. La demande d’incorporation de Jean Veber n'est pas acceptée. « Vous êtes trop âgé » lui dit-on.  Avec son ami Rostand, qui s'est vu opposer le même refus pour raison de santé, il veut créer un journal, où il pourrait donner libre cours à sa colère « Je vais dessiner et ainsi essayer de faire à l’ennemi le plus de mal possible ; ce sera ma façon de participer au combat puisqu’on ne veut pas de moi comme soldat » écrit-il à sa femme. 

Le projet ne voit pas le jour. Grâce à sa tenacité, il obtient d'être incorporé en septembre 1914 avec le grade de caporal au 168ème RI.
Il ne reverra jamais Edmond Rostand, qui décèdera le 3 décembre 1918.