Les Rostand/Jean Rostand

Jean Rostand


Exposition 40e anniversaire de la disparition de Jean Rostand



Descendant d’une famille lettrée immensément célèbre, Jean Rostand rejette dans sa jeunesse la littérature, héritage trop lourd pour le fils de l’auteur de Cyrano de Bergerac et de Chantecler.

Dans cette exposition, nous vous proposons de suivre son cheminement, enfant solitaire et timide, passionné par les insectes, jusqu’à l’écrivain scientifique et humaniste devenu aussi célèbre que son père. Jean Rostand a publié plus de 90 livres. Pamphlets de révolte après la première guerre mondiale, livres de vulgarisation scientifique et d’histoire des sciences, ouvrages humanistes sur les grandes questions de l’après-guerre, sans compter les articles sur ses recherches en biologie.

Ses écrits ont marqué toute une génération. On ne compte plus les écoles, collèges, avenues qui portent son nom. L’Académie française lui a ouvert ses portes, comme à son père avant lui.

Tout au long des pièces de sa maison d’enfance, Arnaga, laissez-nous vous faire découvrir l’homme que fut Jean, fils d’Edmond et de Rosemonde.

Cette exposition s’appuie principalement sur les travaux de :
Albert Delaunay (1910-1993), médecin, biologiste et homme de lettres, ami de Jean Rostand. Collections musée Edmond Rostand.
Jean-Louis Fischer, Historien des sciences de la vie et de la médecine, auteur notamment du numéro spécial de Pour la Science : Jean Rostand, un biologiste engagé, mai-août 2001.
Alain Dubois, ancien élève de Jean Rostand, professeur au Museum national d’histoire naturelle qui a réédité et commenté : Jean Rostand, un biologiste contre le nucléaire, éditions Berg international.
Et l’amical soutien de Jacques Frétey, herpétologue (étude des reptiles), spécialiste mondiale des tortues marines : « C’est surtout Jean Rostand qui a été le propulseur primordial de mon parcours et le plus important à partir de quoi toutes les étapes de ma vie de naturaliste se sont succédées ».

Un enfant sauvage et passionné de biologie

Jean Rostand est né le 30 octobre 1894 à Paris. C’est encore un jeune enfant lorsqu’il arrive à Cambo avec ses parents. Il est d’un tempérament solitaire. « Quand les personnes voulaient voir mon père, je fuyais toujours dans le jardin. J’étais timide, extrêmement timide. Je ne faisais rien alors pour avoir, pour chercher le contact avec les gens. J’ai toujours eu très peur des hommes ». Adulte, il dit être resté « un grand sauvage » . « J’ai aussi le goût de la solitude. Timidité et solitude sont intimement liés . J’ai un très grand pouvoir de solitude je pourrais rester deux ans dans la maison et dans mon jardin sans en sortir ; je ne souffrirais pas ». Sans doute en réaction inconsciente envers son père, il a tout jeune « l’aversion, le dégoût de tout ce qui était littéraire ; j’étais un peu scientifique. Déjà à l’école, j’étais très mauvais en lettres et excellent en sciences, même en mathématiques. J’adorais mon père, je l’admirais, je le vénérais mais, certainement, j’ai dû faire une petite résistance. C’était et c’est peut-être la crainte de ne pas pouvoir faire quelque chose dans ce domaine ».

Dans un entretien avec Eric Laurent en 1975, il se souvient de son enfance : J’étais un enfant sauvage, assez difficile, pas très obéissant, mais enfin prenant des colères, assez rebelle à certaines choses. Je ne voulais pas qu’on me coiffe, qu’on me frise !

Jean par Eugène PascauVoici un portrait de moi avec des cheveux bouclés de fille ; j’étais furieux, alors, d’avoir des boucles de fille ; je criais quand on venait les enrouler, quand on devait les friser ; je devais avoir sept ou huit ans. Je n’aimais pas non plus qu’on me mette de jolis costumes avec des tas de dentelles. J’allais me rouler dans le gazon pour les salir. J’étais un peu indiscipliné.



ZoomJean dans son laboratoire à ArnagaJean, d’un tempérament solitaire, ressemble à son père. La vie à la campagne offre au jeune garçon l’occasion d’observer la nature, éveillant son intérêt pour l’histoire naturelle. « Dans le grand parc familial d’Arnaga, et dans les bois avoisinants, je rencontrais, à profusion, de quoi entretenir ma passion naissante et stimuler mes curiosités ». « Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, je me vois fouillant la terre, battant les buissons pour attraper des mantes religieuses, attrapant des papillons avec un filet. A six ans, sept ans déjà, j’étais un passionné d’insectes ». Les insectes lui sont « plus précieux que les plus beaux jouets sortant des magasins ».
Loin de tempérer cette passion, son père lui offre un petit laboratoire pour ses expériences. C’est à l’âge de neuf ans que son intérêt se transforme en passion avec la découverte des « Souvenirs entomologiques » de Jean-Henri Fabre.




Dans son discours de réception à l’Académie française, il raconte le début de sa passion pour les sciences naturelles :
J’avais à peine neuf quand je lus, au dos d’un mince cahier scolaire, une page tirée des Souvenirs entomologiques. Il s’agissait du scarabée sacré et de ses pilules de bouse. Etrangement remué par ces quelques lignes, j’exprimai aussitôt le désir d’avoir le volume qui les contenait. On me donna le premier tome des Souvenirs, puis le second ; et bientôt, je les possédai tous les neuf… L’un après l’autre, je les dévorai. Un monde insoupçonné s’ouvrait à moi, qui n’était plus le monde de l’enfance, mais restait celui de la féerie. J’écrivis à Fabre, et Fabre me répondit. Il fit mieux. Il m’envoya quelques insectes de sa Provence qui gardaient sur eux, comme une invisible phosphorescence, la gloire d’avoir été touchés par l’homme de Sérignan.


Son père raconte que ces livres « avaient le singulier pouvoir de faire tenir tranquille un petit garçon turbulent ». Jean décide alors de «prendre pour modèle ce vieillard en sabot». Plus question pour lui d’une autre carrière. « Je rêvais d’être naturaliste comme d’autres enfants rêvent d’être explorateur ou général ».

A la fois homme de sciences et homme de lettres, il contribue à faire de la biologie une science majeure (De la mouche à l’homme) et signe de nombreux ouvrages philosophiques (Pendant qu’on souffre encore, La Loi des riches). L’essentiel de ses travaux porte sur la parthénogenèse (reproduction sans mâle dans une espèce sexuée). Il étudie également la génétique des amphibiens à travers les caractères héréditaires des mutations chez les crapauds et les grenouilles. Tout comme son père, il entre à l’Académie Française en 1959.