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Lettres et Plans

Lettres d'Edmond Rostand à Tournaire



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Jean Rostand 4 Juin 1919

Arnaga, 1919
Carte cernée de noir
Cher Monsieur Tournaire
Je n’apprends qu’aujourd’hui votre élection à l’Académie des Beaux-Arts. Je sais qu’elle eût réjoui mon père ; c’est en souvenir de lui que je vous prie d’agréer mes félicitations les plus vives et de me croire tout votre
Jean Rostand.
4 Juin 1919



Rosemonde Rostand vers 1902

Monsieur,

Mon mari a été fort sensible à votre aimable lettre. Un peu souffrant et surchargé de travail, il s’excuse de n’y avoir pas répondu et me charge de vous en remercier et de vous dire combien il est heureux que vous ayez si merveilleusement compris le projet de maison et de jardin qu’il rêve.

Il me charge également de vous demander si vous pourriez venir ici, à Cambo, du 1er au 15 Août, voir le terrain et vous entendre sur tous les points avec lui. D’ici-là, peut-être pourriez-vous réunir quelques documents.
Ce qui préoccupe surtout mon mari, c’est le jardin, car l’endroit étant très vaste et parfaitement inculte, il nécessitera une complète invention.

D’ailleurs nous ne pourrons causer de tout cela qu’ici, -et nous espérons bien qu’il vous sera possible de venir avant le 15 Août, car je ne crois pas que nous restions davantage dans les Pyrénées.

Recevez l’expression de nos meilleurs sentiments

R. Rostand



Rosemonde vente de l'hôtel des Rostand à Paris

Cher Monsieur Tournaire

Monsieur Norero –qui nous propose une location- va sans doute aller vous expliquer la mise en état qu’il demande à notre hôtel.

Vous seriez bien aimable de nous faire faire un petit devis des réparations qu’il désire car nous ne consentirons à cette location que si le montant des réparations est peu élevé.

Tous nos remerciements d’avance pour ce que vous ferez, et pour Mme Tournaire et pour vous tous mes meilleurs et plus sympathiques souvenirs

Rosemende Rostand Sur page 3, croquis au crayon : plan de situation de l’immeuble Rue Alphonse de Neuville

Edmond Rostand 27 Octobre 1903

Cambo, 27 oct 1903
Cher Monsieur Tournaire,
Tout est bien dans la maison. Je suis excessivement content. M. Hauret me paraît tout à fait se distinguer. J’ai étudié le dessin du hall que vous venez de m’envoyer, ainsi que ceux des communs. Je vous écrirai plus longuement à ce sujet d’ici à quelques jours. Mais je veux tout de suite vous aviser d’un petit changement, très facile à faire, et qu’on a absolument le temps de réaliser, dans le dessin des fenêtres du hall. Vous savez que mon sentiment a toujours été d’avoir, comme baies, des porches très arrondis de cintre, très larges de base.

En examinant de près vos projets d’intérieur, je me suis confirmé dans cette idée que je ne serais jamais satisfait de l’effet pittoresque tant que j’aurais ces hauts cintres, que j’ai trop vus à Paris. Des excursions que j’ai faites ces jours-ci en pays basque espagnol m’ont profondément convaincu du caractère que donnent à la maison ces sortes de baies en tunnel ; et, intérieurement, j’ai vu cela chez un ami, où cela fait quelque chose de très original. Donc, je vous avise immédiatement, en vous renvoyant un dessin de façade sur lequel j’ai tracé au Comté l’effet que je veux exactement obtenir. De l’avis de tout le monde, et des artistes qui l’ont vu, cet effet est on ne peut plus réussi, la maison semble plus solidement assise sur ces arches trapues, et particulièrement votre si heureux auvent espagnol gagne énormément à n’être pas collé sur les baies. Soyez assez bon pour prévenir le maçon de cette petite modification, à laquelle je tiens absolument, et qui nous oblige, en même temps qu’à baisser le cintre, à élargir la base d’ouverture ; (cela nous oblige sans doute aussi à un autre dessin de châssis de fenêtre). Je vous en prie, cher Monsieur Tournaire, pardonnez-moi d’insister pour ce remaniement. J’ai toujours tenu à cette forme spéciale de baies, et je sens que si vous n’en passez pas par cette…porte basse, j’en aurai toujours des regrets. Je suis même très heureux de m’en être avisé avant que le rez de chaussée fût commencé.

Pour ce qui est du reste, je ne saurais vous dire combien j’ai été enthousiasmé de votre colonne centrale et de l’effet de ces deux arcs de pierre. Je supprimerais seulement les deux têtes d’anges pour garder le plus de simplicité possible.

Les boiseries à l’anglaise me plaisent à tel point que je vous demanderai d’en continuer exactement le dessin sur les portes, toujours dans un but de simplicité. Ne pourrait-on monter ces boiseries plus haut, de manière à donner l’effet de la salle à manger dont je colle ici la reproduction ? Car il n’y a rien de beau comme des tableaux pendus sur ces boiseries.
Petite reproduction d’une pièce anglaise

Je trouve le départ de l’escalier délicieux. J’aime moins le balcon qui est au-dessus de la porte de la bibliothèque, surtout à cause des potences qui le supportent, et qui, vues de face, sont sèches. Peut-être pourrait-il (un peu plus) sur le hall, faire un peu plus loggia, comme c’était primitivement indiqué sur vos plans.
Croquis

Pourquoi ce balcon n’aurait-il pas lui-même des petits arceaux de bois qui lui enlèveraient l’aspect de balcon pour lui donner une physionomie plus italienne de loggia ? Je pense qu’il n’y a aucune décision à prendre pour la frise, dont on ne pourra juger qu’à la fi sur des essais.
Je trouve extrêmement joli votre plafond genre anglais, qui sera naturellement tout en bois,
(Ici changement d’écriture, peut-être Rosemonde)    pour bien faire de la première partie du hall une boite ; mais ne pourriez-vous, pour les poutres du grand hall avoir quelque chose d’encore plus simple, sans aucune fioriture, et donnant bien l’impression d’énormes poutres qui soutiennent ? Enfin, ne seriez-vous pas d’avis que la porte qui va du hall dans la salle à manger gagnerait à être, du côté du hall, pleine, et, du côté de la salle à manger, en glaces avec bronzes dorés ? Car une porte ayant une forme Louis XVI fera toujours mal du côté du hall. Et peut-être n’est-il pas toujours agréable, quand on dîne, de n’être pas isolé. Lorsqu’on voudra créer l’enfilade, on laissera les portes du hall et de la bibliothèque ouvertes à deux battants : cela fera très bien.
Si cependant vous préférez la porte à jour dites-le moi. Ne vous semble-t-il pas que toutes les portes donnant du côté du hall gagneraient à être carrées du haut, ou alors toutes cintrées, même celle de la bibliothèque ?
J’aurais bien aimé que dans la baie du hall où vous avez mis une étagère il y eut plutôt une sorte de divan-trône, élevé de deux marches, dont le dossier, rejoindrait le vitrail, et qui serait très décoratif, de sorte qu’intérieurement le vitrail auquel on donnerait des tons très vifs, prendrait plutôt la forme d’un éventail que d’un four.

Je n’ai pas le temps, à cause du courrier, de dicter la fin de cette lettre que je continuerai demain

Mille amitiés hâtives,

Edmond Rostand

Edmond Rostand et Louis Labat 28 Octobre 1903

Cambo, 28 oct. 1903

Cher Monsieur Tournaire,

Je reprends ma lettre sans préambule, au point où je l’ai laissé hier.

Avec les deux dessins de façade, je vous ai retourné les plans bleus. Des gribouillages que j’y ai fait, ne retenez que l’indication de ce que je désire. Pour la cheminée, vous faut-il une réponse immédiate ? Elle ne me paraît pas tout à fait assez monumentale, insuffisamment enfoncée en un retrait où l’on puisse se tenir. Mais ceci touche à la décoration. Nous en recauserons.

A propos de l’escalier, une petite observation que j’ai omise : Je crois qu’il y aurait à trouver, pour les dessins des balustres, quelque chose de plus simple.

D’une façon générale, pour tout ce qui est boiseries du hall, j’estime que vous auriez tout avantage à mettre vos plans et vos principes de décoration entre les mains de gens comme Warring et Gillow, Nelson ou Jansen. Ces gens-là feraient comme vont faire les entrepreneurs du jardin. Dans le désir d’obtenir l’affaire, ils nous exécuteraient de ces éblouissantes aquarelles dont ils ont le secret et que vous ne pouvez perdre de temps à faire faire, mais sur lesquelles on se rend très bien compte. Il y aurait, je crois, un grand avantge à ce que, dans le hall, tous les travaux de boiserie, d’escalier, de portes fussent exécutés par celui qui fera les meubles. Nous aurions ainsi plus d’unité dans le travail .
(Le travail sera confié à Perret de Bayonne)

Je suis désolé de vous donner tout ce tracas et d’être à ce point tâtillon. Mais vous trouverez naturel que je veuille arriver à la perfection et construire une maison définitive. Croyez à mes sentiments les meilleurs et veuillez me rappeler, ainsi que ma femme, au bon souvenir de Madame Tournaire.

Edmond Rostand

P.S.

Cher Monsieur Tournaire,
J’ajoute à la lettre que m’a dictée Monsieur Rostand quelques dessins au crayon qui rendent son idée très claire. Vous y verrez qu’en effet l’impression produite est plus pittoresque. M. Rostand croit que, comme vous le verrez dans le dessin 1, il résulte un effet plus agréable de ce qu’on pourrait appeler le non-parallélisme des cintres. Dans tous les cas, l’impression est plus inattendue et plus nouvelle. Vous verrez dans le dessin 2 comment il désirerait que fût le divan sous son éventail-verrière ; vous y verrez ainsi que si, malgré l’auvent à l’espagnole qui est dans la façade vous pouvez (pourrez) ménager un œil-de-bœuf entre les deux cintres, M. Rostand n’y verrait aucun inconvénient. Et enfin, dans le dessin 3, dont l’effet plaît particulièrement à M. Rostand, vous verrez quel est le parti pris de décoration auquel il préfère s’arrêter, c’est-à-dire : boiseries très élevées, ne laissant plus place dans le haut que pour une fresque allongée, supprimant et remplaçant avantageusement la frise, et s’encadrant à merveille entre les boiseries et les poutres. Encore une fois, M. Rostand s’excuse du petit changement qu’il va falloir apporter dans les instructions à donner à M. Hauret, mais cela ne change rien aux matériaux, cela est complètement indifférent aux entrepreneurs, et M. Rostand qui va chaque jour voir les travaux, s’est rendu compte qu’on était tout à fait à temps. Vous lui aviez dit vous-même qu’il y a toujours un petit changement en cours d’exécution, et M. Rostand qui a ces temps-ci réétudié à fond tous vos plans et dessins sur le chantier même, peut vous affirmer que cette modification restera la seule et unique jusqu’à la couverture.

Je vous prie, cher Monsieur Tournaire de me croire

Bien sincèrement à vous

Louis Labat

2° P.S.

Pour les écuries et les communs, M. Rostand se demande si le second projet ferait aussi bien que le premier, et si cette espèce de toit coupé, qui est cependant très basque, sera, au fond, d’une silhouette agréable. C’est peut-être qu’il ne s’en rend pas bien compte sue les dessins. Il vous demande sincèrement votre avis et s’en remet à vous là-dessus.

Edmond Rostand 4 Décembre 1903

Cambo, 4 décembre 1903
Cher Monsieur Tournaire

Je ne puis vous exprimer à quel point je suis content du dessin du hall. L’aspect que vous m’en envoyez est parfait de simplicité et de grandeur ; la cheminée, les boiseries, les arcs, la loggia, (s)ont m’enchanté. Je ne vous demande donc qu’une chose, c’est de veiller à ce que l’exécution donne exactement cet effet, surtout pour les colonnes, dont la forme trapue et s’évasant un peu vers le bas me semble admirable. La bibliothèque me paraît, aussi, définitive ; Sa cheminée, surtout si le foyer pouvait être plus large est parfaite. Je suis de votre avis que la cheminée, encastrée dans le bandeau supérieur, est trop petite ; nous avons le temps de chercher pour le bandeau une décoration un peu simple : pourquoi pas une belle devise gravée dans la pierre ? Si c’était possible, je mettrais l’horloge, ronde et plus importante, à la place où vous avez mis l’écusson, dans la rampe au dessus de la cheminée ; car je ne veux d’écusson ni de chiffre nulle part. J’avais parlé d’un « oculus » dans le mur au-dessus de la cheminée, parce que je craignais un manque de lumière méridionale et pensais qu’on aurait, par cette rosace, un long rayon de soleil tombant au milieu de la bibliothèque, comme il en tombe par les rosaces d’églises ; mais je crois que la lumière sera suffisante et ne veux rien troubler dans un arrangement qui me semble irréprochable. Je me demande si, dans la bibliothèque (je ne parle pas du hall) les poutres font un effet aussi énorme que je l’espérais ; il me semble que s’il n’y en avait qu’une sur deux, mais plus grosse, cela aurait plus de caractère. Voyez dans quelle mesure la modification serait possible ; mais, certainement, dans l’ensemble du dessin que vous m’envoyez, on n’obtient pas cet effet de grosses poutres massives qu’on a dans les vieilles maisons basques, et qui s’harmoniserait si bien avec celui que fait la belle cheminée de pierre de la bibliothèque.

Croyez bien que je suis sensible à votre gémissement au sujet des changements que je vous demande, et que je suis navré de vous avoir donné du travail comme pour trois hôtels. Mais pensez-vous que je doive renoncer à vous dire ce qui peut me déplaire lorsque, devant ces deux dessins du hall et de la bibliothèque, je suis obligé de constater le merveilleux parti que vous avez tiré de toutes mes observations ? Comparez ces dessins aux premiers dont j’ai gardé les bleus, et je crois que vous trouverez quelque différence. Souvenez-vous, cher Monsieur Tournaire, que je vous avais fait prier par mon père de m’indiquer un jeune architecte moins occupé que vous, et que je n’aurais jamais eu de moi-même l’idée de vous imposer un travail que je prévoyais si minutieux pour être bien conforme à mon désir.

Ceci dit, je dois vous avouer que le hall escalier et l’escalier me paraissent trop Louis XV. Je trouve les lignes trop galbées, les consoles et les colonnes trop ornées ; et je l’aimerais d’un tout autre style, plus en harmonie avec le hall. Je voudrais des lignes on ne peut plus sobres, et que tout l’effet de beauté fut obtenu par la matière, bois, mosaïque, etc. Je vous renvoie le dessin où j’ai marqué avec des flèches tout ce qui me paraît trop contourné. La rampe, le plus simple possible. (A ce propos, j’aurais aimé aussi une plus grande simplicité de dessin pour la rampe qui court autour de la bibliothèque ; mais nous avons le temps d’en causer). En un mot, je vois mon escalier très clair, très simple, fait pour être orné de fresques genre Puvis ou Henri Martin. Pour vous dire toute ma pensée, je ne sais pas si l’évolution de la seconde partie de l’escalier n’eût pas gagné à être aussi longue que celle de la première partie ; cette petite queue qu’elle fait surtout dans l’ornementation Louis XV, me semble un peu courte ; mais le dessin me trompe peut-être. Enfin, je suis très embarrassé pour vous expliquer cela par lettre ; mais quand on rapproche le dessins de l’escalier du dessin du hall, c’est moins net, moins noble, c’est un peu luxe non de grande maison de campagne, mais de moderne hôtel citadin. Pardonnez-moi ce que je vous en dis, en faveur de mon admiration sans réserve pour vos deux autres dessins. Afin de ne plus perdre de temps à l’avenir, vous pourriez ne m’envoyer que des dessins sommaires.

La niche que j’ai demandée dans la salle à manger rendra la pièce beaucoup plus belle et ne change rien au travail déjà fait.

Je vous envoie toutes les amitiés d’un homme « terrible », qui ne vous en veut pas de vos petites pointes et ne vous renvoie pas les dessins du hall et de la bibliothèque, tant ils lui plaisent. Si d’ailleurs ils vous étaient utiles, ces dessins vous seraient immédiatement retournés.

Bien à vous, Cher Monsieur Tournaire

Edmond Rostand

Edmond Rostand 17 Février 1904

[Lettre à Tournaire, 17 février 1904, tapée à la machine]

Cambo, 17 février 1904


Cher Monsieur Tournaire,

Je vous ai laissé tranquille quelque temps ; je pense que le moment est venu de vous ennuyer un peu. Les travaux marchent tout doucement, à cause des tempêtes effroyables qu’il y a partout en ce moment, mais ils vont tout de même un peu, et ils vont bien.

Ce qui m’inquiète, c’est notre escalier. Depuis que nous avons renoncé à la forme primitive, je trouve qu’il devient bien banal et bien « riche maison de rapport ». Faut-il le bois ? Faut-il la pierre ? Je me creuse la tête. Si, depuis que nous nous sommes quittés, vous avez quelque idée, mandez-le-moi de deux mots, en style télégraphique.

En étudiant la maison, qui commence à prendre forme, j’ai l’impression que nous devrions tâcher de donner, à ce premier hall que forme l’escalier, un caractère habitable, pour que le grand hall dégage une impression plus confortable et soit, en quelque sorte, un second hall. Autrement dit, j’aimerais, puisque cette pièce ovale est très bien exposée et qu’elle ouvre sur la terrasse-jardin, qu’on puisse s’y tenir, par exemple, pour fumer, les fenêtres ouvertes, dans les fleurs ; qu’on y puisse même faire attendre un visiteur ; que ce ne soit pas, en somme, l’escalier froid, mais un joli salon ovale dans lequel on aurait des canapés ou des fauteuils, genre peut-être serre.

Pour arriver à cet effet, il faudra sans doute que la baie qui va au large couloir de l’entrée principale soit bien fermée par une porte vitrée. Je vois donc, au sujet de notre escalier, deux partis à prendre, et je vous dirai tout de suite que mes préférences sont, de beaucoup, pour le deuxième :

I) – Escalier de bois tournant, le plus pittoresque possible ; boiseries ; impression des halls d’escaliers anglais ; très clair ; petits paliers à mi-hauteur et meubles sur les paliers, canapés de cuir, tapis, etc.
II) –Très blanc, escalier de pierre, mosaïques, grands treillages au mur, grandes jardinières tenant aux murs, tables et fauteuils d’osier clair tressé, aspect grande serre.

Qu’est-ce qui empêcherait d’avoir une rampe de pierre très simple dans laquelle il y aurait, tous les deux mètres, un vase ou un creux où l’on aurait une lante, petit laurier taillé en boule, azalée, etc. ? Plus j’y réfléchis, plus cette idée, toute rationnelle en somme, assurerait la parfaite originalité de l’escalier. Notre rampe, le long de laquelle on verrait s’échelonner, suivant la saison, des petits arbustes, des anthémis fleuris de blanc, des azalées roses, des hortensias, enfin tout ce qui fleurit en boule, serait merveilleuse ; extrêmement bien chauffée l’hiver par votre calorifère, la pièce, véritable salon-serre avec un escalier, pourrait avoir des camélias et toute sortes de fleurs ; et comme l’escalier ne va que jusqu’au premier, il ne serait pas difficile pour le jardinier de changer le contenu des vases. Ci-inclus, trois croquis hâtifs avec lesquels je sens que vous allez faire des merveilles. Il faudrait que la rampe fût extrêmement simple, tout à fait du style des cheminées et colonnes qu’exécute Hauret, et qu’elle ne nous entraînât nullement. Peut-être serait-il bien qu’elle fût pleine dans le bas et ajourée seulement dans le haut. C’est un part-pris de rampe que j’aime beaucoup.

Mille amitiés, cher Monsieur Tournaire. Je suis sûre que vous allez me donner quelque chose de simplement exquis.

Edmond Rostand 14 Mars 1904

Cambo, 14 mars 1904

Cher Monsieur Tournaire,

J’ai reçu votre lettre. Il en sera, pour le paiement, comme vous voudrez. Pour ce qui est de l’ouverture, le dessin m’en paraît très heureux, et nous aurons le temps d’étudier la rosace de fer. La bordure de la pièce d’eau me plaira mieux saillante, c’est-à-dire telle que vous me la montrez sur le croquis n°2 : de loin, cela fera un plus bel effet, un beau cadre au miroir. Je suis de votre avis pour la profondeur, et vous pouvez la doubler. Je vous parlerai un peu plus tard de différentes petites idées que j’ai eues, mais qui ne changent rien et qu’il n’est pas pressé d’émettre. L’important, maintenant, puisqu’il fait un temps splendide et que l’on a de la pierre, c’est de monter.

Bien amicalement à vous

Edmond Rostand

Edmond Rostand 22 Mars 1904

Cambo, 22 mars 1904

Cher Monsieur Tournaire,

J’ai été très embarrassé comme vous et j’ai beaucoup réfléchi à tout cela. J’extrais des nombreux croquis que vous vous êtes donné le mal de faire les deux qui me paraissent approcher le plus près de mon idée. En somme, en les regardant à tête reposée, on s’aperçoit qu’il s’en faut de peu que ces deux croquis ne soient très bien : je veux parler du n°1 et du n°6, que je vous renvoie seuls afin d’éviter tout malentendu. Vous y verrez dessus quelques-uns de mes habituels gribouillages. J’ai pensé à différentes choses pour garder sa ligne à l’escalier :

    D’abord, comme vous verrez dans mon croquis 1, de mêler du bois à la pierre ; cela allègerait-il suffisamment pour supprimer la colonne ?

    Puis, j’avais pensé, comme vous verrez dans mon croquis 2, à faire tout le bas plein, avec la petite porte repoussée vers la droite et une coquille-fontaine au fond. On aurait ainsi, sous l’escalier, un couloir s’éclairant par le petit œil-de-bœuf A, et probablement un grand placard. Mais quoique ce ne soit pas laid, et que la petite porte se trouve ainsi plus commodément placée, je crois que le pilier sera tout de même plus léger et laissera plus de grandeur à l’ensemble. Je vous laisse libre d’en décider.
 
    Cela m’a amené au croquis 3, où l’idée d’entourer le bas du pilier d’un joli banc de bois, dont le dossier à jour encagerait le fût, m’a paru séduisante. Vous verrez d’ailleurs, sur vos croquis à vous, que ce banc fait très bien en avant de la petite porte mystérieuse du fond. Je dois dire que quand j’ai eu rajouté le banc à votre n°1 et supprimé en pensée quelques ornements, j’en ai trouvé l’ensemble très agréable.

    Puis, j’ai eu l’idée, comme vous le verrez sur le revers rabattu de votre n°1, et dans mon croquis 4, de remplacer le banc par une vasque tournant tout autour du pilier en forme de bénitier et dans laquelle trois mascarons sculptés dans le pilier même souffleraient de l’eau. C’est cette dernière idée qui, en somme, me paraît la plus architecturale. Le pilier s’oublie, il n’est plus qu’une fontaine, et de la plus jolie forme. Cela, harmonisé par vous, doit faire quelque chose de parfait. Et cela garde à l’ensemble la forme serres ou patio que je désire. L’eau jaillissante fera très bien à côté des arbustes ; et j’aime l’idée qu’elle jaillisse justement d’une colonne mise là pour l’utilité.

    De toute façon, plus de peinture au mur. Il faut que les arbustes se détachent sur du blanc, et que l’ensemble soit simplifié et allégé. Je crois même, que l’impression défavorable que vous semblez avoir vous-même de vos croquis vient uniquement de la surcharge que donnent de faux feuillages derrière des feuillages vrais. D’ailleurs, ici encore, je m’en remets à vous. Peut-être pourra-t-on placer une fresque à partir du premier palier.
 
    Comme toujours, dites moi très franchement votre avis.

Mes amitiés les meilleures.

Edmond Rostand

P.S. A aucun prix de porte-manteau qui encombre.

Edmond Rostand 28 Mars 1904

Cambo, 28 mars 1904

Cher Monsieur Tournaire,

J’ai vu Monsieur Carde qui est venu à Cambo. Il paraît désirer que je donne un fort à-compte à M. Hauret. J’ai, ce matin, une lettre de Monsieur Hauret, me demandant un à compte que vous lui avez, paraît-il promis. Voulez-vous me télégraphier au reçu de cette lettre si je peux lui verser 10.000 francs ? J’aime mieux verser ainsi un a-compte un peu large pour me débarrasser.
    Mais ce que je vous demande instamment, c’est de veiller à ce que les comptes ne s’embrouillent pas. Nous avons décidé et signé que je paierais par échéance de 15.000 : que l’on ne mêle pas à cela les comptes de travaux supplémentaires. Qu’il y ait, pour ces travaux, un compte bien à part ; et quant aux 15.000 fr. que j’aurai à payer de temps en temps, qu’on me les demande à leur date, sans me dire, par exemple : « donnez-moi 5000 sur les 15000 et 4000 pour les travaux supplémentaires…, etc «, ce qui serait cause qu’un moment viendrait où je ne saurais plus où j’en suis. Et surtout, je ne me rendrais plus compte où je vais, ce qui est l’intérêt et le truc des entrepreneurs.
    En résumé, je vous prie de régler, à mesure qu’ils se font, tous les travaux de fantaisie ajoutés : je suis même prêt à régler ces travaux-là au fur et à mesure de leur exécution. Mais je ne veux jamais qu’ils se mélangent à la somme de l’adjudication.
    Si vous m’autorisez par télégramme à payer Hauret, je marque donc, à mon compte supplément, 10.000 fr déjà réglés.
    J’entends bien que vous me direz que quelquefois ces suppléments sont des remplacements de détails prévus déjà dans la somme totale. C’est à vous de calculer la différence qui constitue le supplément et de ne me compter que ce supplément pour un compte spécial de fantaisie.
    En un mot, je veux que tout ce qui est proprement supplément soit payé en compte supplémentaire et à mesure, et que rien ne soit dérangé au chiffre de l’adjudication.
    Cher Monsieur Tournaire, j’espère que vous allez bien. J’ai réfléchi que la fontaine autour du pilier que je vous avais soumise vous a peut-être ennuyé parce qu’elle n’est pas au milieu, inconvénient dans une pièce ovale. Eh bien, pourquoi ne mettriez-vous pas, avec deux petites arcades, le pilier au milieu, à peu près comme je l’indique ci-dessous :

Croquis des deux arcades

Dans ce cas, on dissimulerait la porte en la faisant couleur pierre et secrète, confondue avec le fond. Cette arcade un peu espagnole irait bien avec ce genre de fontaine. Il y a d’ailleurs peut-être à cela des impossibilités que j’ignore.

Faites comme vous l’entendez et croyez à mes meilleures amitiés
Edmond Rostand

Edmond Rostand 25 Mai 1904

Cambo, 25 mai 1904

Cher Monsieur Tournaire,

Tout va très bien. Monsieur Hauret a changé son chef de chantier Roussie, qui me demande d’obtenir de vous un certificat que l’architecte donne toujours à un appareilleur après un grand travail. Quelles que soient les raisons qui le font remplacer, comme la maçonnerie est en somme finie et bien finie, j’aimerais assez que vous lui donniez ce certificat.

J’ai fait le troisième virement à M. Carde. Malheureusement, comme je l’avais prévu, la toiture n’avance pas assez. La hauteur de la maison est telle que la saillie ne donne pas l’effet que des saillies bien moindres donnent sur de petites maisons basques. La façade du côté du plateau va très bien, à cause du balcon de coin, au-dessus duquel la toiture donne vraiment l’impression d’avancer, et à cause du grand avancement qui se produit au-dessus du cadran solaire. Mais l’autre façade qui a l’air beaucoup plus haute, parce que le terrain descend, a une saillie de toit dont l’effet n’est pas heureux : on dirait d’une personne qui a un chapeau à bords trop petits. Tout le caractère de la construction devant venir du toit, la maison doit avoir l’air écrasée et encapuchonnée. C’est fort ennuyeux.

Ce qui frappe surtout, c’est que les pannes qui soutiennent la toiture sont trop maigres (les poutres supportant la treille sont plus fortes, ce qui semble illogique). Et en admettant que les contre-fiches qui doivent s’appliquer sur les pans de bois ne puissent être plus larges qu’eux, la poutre soutenant la toiture devrait être plus importante. Ceci me semble irréparable. Mais la saillie pourrait, il me semble, par une ruse quelconque, être augmentée dans la façade sur Bayonne. Une bordure de bois large d’au moins une main, si elle pouvait solidement tenir, corrigerait un peu l’impression d’étroitesse. Sur les côtés il y aura des gouttières, ne pourrait-on, par quelque système de bois cachant la gouttière, élargir aussi la toiture ?

Il y a bien un mois que je disais tous les jours au charpentier que l’avancée du toit serait insuffisante. J’ai eu le tort de me laisser persuader par lui, et il est bien tard maintenant pour remédier à la maigreur des poutres. Mais, je vous en supplie, trouvez un moyen de faire davantage déborder le toit du côté de Bayonne, car c’est un cri général, et la façade, pas du tout écrasée, sans projection d’ombre large, comme lui en donnerait une grande visière, a l’air trop haute. Je n’ai rien dit à personne pour bien voir si je me trompais ; mais tout le monde sans hésitation, et sans savoir que je suis prévenu, fait la même remarque.

Les bassins marchent à merveille et, sauf le détail que je vous signale, l‘ensemble est parfait.

Toutes mes meilleures amitiés

Edmond Rostand

Edmond Rostand 13 Juin 1904

Cambo, 13 juin 1904

Cher Monsieur Tournaire,

Je réponds point par point à vos lettres du 6 et du 7.

Cabinet Empire. – Comme M. Norero paraît acheter l’hôtel et désire qu’il soit débarrassé pour le 11 juillet, il faudrait qu’immédiatement votre menuisier disposât le cabinet, dont je vais faire enlever les livres. Il me semble impossible que, s’il va le matin sonner aux deux portes, celle de la rue Flachat et celle de la rue Alphonse de Neuville, aucune ne s’ouvre sur lui. Qu’il emporte toutes les boiseries chez lui et en prenne bien soin. Peut-être aurait-il mieux valu faire faire ce travail par M. Maubert, qui a fait le cabinet et qui a des magasins extrêmement soignés pour garder (au besoin longtemps), des objets de luxe. Je vous laisse juge. Mais il faut que ce soit fait très vite.

Plomberie toiture – Je vous ai renvoyé signés les deux marchés Geuvré.

Cie des Eaux. – Je vous en écrirai dans quelque temps.

Remises et écuries. – Le bâtiment pour les chevaux devra comprendre les 8 boxes primitivement prévus et la remise pourra ne contenir que 6 voitures alignées, mais à la condition que l’on puisse largement en rajouter au milieu. D’ailleurs, il faudra, si possible, avoir un coin de hangar pour les véhicules de service, tels que carriole et charrettes. Faites le logement au-dessus du cocher : que ce soit pour le jardinier ou le garde, il servira toujours.

Menuiseries. – J’ai reçu un échantillon du parquet, que je trouve très bien, je n’ai pas reçu le plan du parquet lui-même.

Plafond de la bibliothèque. – Je veux un plafond dont on aperçoive au fond les planches de bois.

Vases – J’ai reçu les catalogues de vases que vous m’annoncez. Je n’ai trouvé là-dedans que des ornements de jardins richissimes et horrifiques. Il sera impossible de prendre aucun objet d’un goût si somptueusement mauvais.

W.C. – Très bien, le revêtement indiqué, tant pour les waters que pour les autres pièces.

Cage d’escalier. – Je suis comme vous pour la mosaïque. Mais le dessin de cette mosaïque que je voudrais très simple, sera difficile à trouver. Trois tons seulement : blanc pour le fond, vert et jaune pour le reste.

Cabinet de toilette – Malgré le froid aux pieds, je préfère un carrelage ou une très simple mosaïque.

La vente de l’hôtel paraissant, comme je vous l’ai dit, certaine, puisque les deux notaires rédigent déjà les actes, j’aimerais que dès maintenant vous fissiez retirer, le plus proprement possible, et par quelqu’un qui pût les garder : 1) la petite cheminée blanche à cuivres du salon, avec son foyer et ses plaques de fonte ;      

2) la fontaine dorée de la salle à manger, avec son socle de marbre. Il faudrait enlever soigneusement cette fontaine, sans détériorer la console et le marbre qui sont dessus et que je dois laisser. Il me semble qu’elle devra être confiée à celui qui entreprendra la décoration de la salle à manger, puisqu’elle ira au fond de la niche, comme le croquis que je vous ai envoyé par Clairin vous l’a indiqué. Il est bien entendu que celui qui se charge du cabinet Empire doit enlever aussi la cheminée verte, avec ses bronzes, son foyer et ses plaques de fonte.



Edmond Rostand

Edmond et Rosemonde Rostand 27 Juin 1904

Cambo, 27 juin 1904

Cher Monsieur Tournaire,

Tout le cabinet Empire est débarrassé des livres ; vous pouvez donc le faire enlever par votre individu. Prendra-t-il aussi et gardera-t-il les meubles ? Et comme ils sont très délicats, les enveloppera-t-il bien ? Il faudrait qu’il gardât aussi le tapis et le plafond que l’on ferait démaroufler. Je crois qu’il faudra laisser la porte, car il ne me semble pas qu’elle aille dans nos dimensions.

J’ai dit à M. Henry Lee de tâcher de vous rejoindre pour faciliter les difficultés de ce déménagement.

Votre homme qui doit prendre le Cabinet Empire, et qui doit prendre également, n’est-ce pas, les grandes armoires Louis XV avec alcôves de glaces de notre chambre, pourrait-il enlever et garder avec ces choses, pour être envoyés directement à Cambo avec elles lorsque tout sera prêt, les quelques objets suivants :

1) – Les 2 longues étagères à livres, en chêne, du hall ?
2) – Les 4 lustres du hall, avec les 4 longs bâtons à glands qui les tiennent ?
3) – Le cabinet en laque chinoise, avec sa console dorée qui se trouve dans la première partie du hall ?

Le tombeau est très bien. J’aimerais qu’on s’en occupât le plus rapidement possible.

J’espère que vous avez bien reçu la lettre que je vous ai fait écrire par Labat la semaine dernière à propos des risques actuels d’incendie à Arnaga et des conditions que me fait, pour l’installation de l’eau, la Compagnie de Bayonne.

Toutes mes meilleures amitiés

Edmond Rostand

P.S. – J’oubliais de vous dire que je me suis entendu avec Henry Martin pour le panneau au-dessus de la cheminée du hall. Vous seriez gentil, je crois, de lui fournir les renseignements dont il doit avoir besoin, et que vous devez connaître mieux que moi. N’est-il pas utile qu’il sache dans quelle lumière il sera placé ? Et à ce propos, je me demande si cet endroit sera suffisamment éclairé. Il faudra que le vitrail à côté de la fontaine soit très transparent et ne retire presque pas de jour. Je suis enchanté de l’idée de la fontaine extérieure. Je vais vous réécrire à ce sujet et relativement à un arrangement dont j’ai l’idée pour la terrasse où elle sera.

(de la main de Rosemonde)
Cher Monsieur Tournaire
J’ajoute quelques lignes à la lettre de mon mari pour vous prier de vouloir bien m’indiquer, par retour de courrier, le sûrement meilleur moyen d’envoyer un ou deux wagons de meubles à Cambo. Je vais envoyer Miss à Paris pour tout organiser, mais quel tapissier décorateur devons nous choisir ? Guttmayer, avenue Rapp nous avait très bien déménagés de St Prix mais peut-être avez-vous quelqu’un de tout à fait spécial pour envoyer ces wagons qui arrivent hermétiquement fermés ?

Mille remerciements d’avance et meilleurs souvenirs pour Mme Tournaire et pour vous.

R. Rostand

Edmond Rostand 29 Juin 1904

Cambo, 29 juin 1904 (Croquis d’arbre, au crayon)

Cher Monsieur Tournaire,


J’ai été enchanté de votre idée de fontaine, ainsi que vous le disait ma dernière lettre, d’autant plus qu’elle complète à merveille un petit ensemble que je rêvais pour la terrasse côté Cambo.

    Je désire que vous dalliez une certaine partie de cette terrasse, en dalles de pierre très irrégulières, dont on fixerait l’irrégularité par des croquis comme je le fais ci-joint, parce que l’expérience m’a prouvé que l’irrégularité laissée à la fantaisie des ouvriers est toujours timide.

    Je voudrais sur cette terrasse, de larges sentiers dallés, au milieu de massifs de terre entourés eux-mêmes d’une bordure de pierre ou de briques dressées, comme vous verrez dans l’aquarelle de jardin italien que vous montrera Miss Day, chargée de cette lettre. On planterait dans ces massifs de hautes fleurs de toutes espèces, en désordre, et il y aurait de temps en temps, sans symétrie, des cubes de pierre mobiles servant de socles à ces vases de terre italiens que vous voyez là et que je sais maintenant où me procurer.

    La voie dallée qui partirait de la porte du hall que vous avez si bien arrangée avec des fleurs de chaque côté, se continuerait par une demi-plate-forme ronde, qui formerait la première marche d’un escalier demi-circulaire, et de forme pyramidale, tel que vous verrez dans mes croquis et dans les gravures du Country Life que vous remettra Miss. Cet escalier devra être en pierres très rustiques et très inégales, comme dans le modèle ci-joint. Sans doute il nous obligera à une brèche plus étroite dans le mur –bahut, ce qui d’ailleurs ne me déplaît pas. La disposition de ce mur reste au surplus identique avec ces boules de pierre.

    Un second sentier dallé pourrait conduire à la porte de l’escalier, mais je crois qu’on pourrait laisser s’ouvrir dans l’herbe et dans les fleurs les portes du petit salon de Madame et de la salle des enfants.

    Devant la vasque de votre fontaine (qu’il faut laisser bien simple et bien carrée, comme elle est, tel un abreuvoir), je mettrais, comme un dallage, l’arrangement brique et pierre dont je vous envoie une reproduction dans le Country Life. A condition d’avoir bien exactement ce rayonnement de briques et cette irrégularité de pierres, cela sera d’une simplicité campagnarde et délicieuse. On posera, sur ce tapis de pierre, les pots que l’on viendra rafraîchir, etc.

    J’oubliais de vous dire que je réserverais le côté massif entouré de pierres du jardin de l’aquarelle pour la partie de la terrasse très vaste qui est située devant le salon de Madame et devant un pan de mur sans fenêtres. L’autre côté de la terrasse, celui devant les portes du hall et de l’escalier, j’y mettrais des tapis de gazon. Je voudrais que, pour ainsi dire, de hautes fleurs et des arbustes fissent le pendant de l’aide avançante (voir mes croquis).

    Ce serait le moment de faire faire ces travaux de dallage puisque les maçons sont là.

    Vous trouverez dans le Studio où il y a l’aquarelle italienne, un modèle de cadran solaire que nous n’avons qu’à copier. Nous ne trouverons pas mieux. Il n’y a qu’à remplacer la devise latine par : Je ne mesure que les beaux jours. Je placerais ce cadran dans la partie du mur qui est au-dessus de la porte de la salle des enfants, car il y a là un vaste morceau de muraille un peu nu, où ce motif décoratif fera très bien. C’est pour cela que je choisis un cadran de forme plus longue que haute. Nous trouverons facilement, pour l’ancienne place du cadran, quelque chose de décoratif. Nous en reparlerons. Mais il y aura plus longtemps le soleil à la place que j’indique, et l’œil pourra plus facilement lire, la hauteur étant moindre. Vous devriez faire copier le cadran, envoyer le dessin à Hauret, un ouvrier l’exécuterait le plus naïvement possible, on l’ébrècherait et on l’écornerait un peu, et on profiterait des échafaudages pour le placer.

    Je vous dis tout cela maintenant pour que vous soyez armé pendant votre séjour ici.

    Tout va bien, sauf le parc. Nous allons avoir un retard terrible pour les plantations.

J’espère que cette lettre ne vous paraîtra pas trop embrouillée, et je vous serre cordialement les mains. Ne laissez pas Houret et Carde m’exploiter trop sur les suppléments. Mille Amitiés.

Edmond Rostand

Edmond Rostand 29 Juin 1904

Cambo, 29 juin 1904, (dessin)

Cher Monsieur Tournaire

J’ai été enchanté de votre idée de fontaine, ainsi que vous le disait ma dernière lettre, d’autant plus qu’elle complète à merveille le petit ensemble que je rêvais pour la terrasse côté Cambo. Je désire que vous dalliez une certaine partie de cette terrasse, en dalles de pierre très irrégulières, dont on fixerait l’irrégularité par des croquis comme je le fais ci-joint, parce que l’expérience m’a prouvé que l’irrégularité laissée à la fantaisie des ouvriers est toujours timide. Je voudrais, sur cette terrasse, de larges sentiers dallés, au milieu de massifs de terre entourés eux même d’une bordure de pierre ou de briques dressées comme vous verrez dans l’aquarelle de jardin italien que vous montrera Miss Day, chargée de cette lettre. On planterait dans ces massifs de hautes fleurs de toutes espèces, en désordre, et il y aurait de temps en temps sans symétrie des cubes de pierre mobiles servant de socles à ces vases de terre italiens que vous voyez là et que je sais maintenant où me procurer. La voie dallée qui partirait de la porte du hall que vous avez si bien arrangée avec des fleurs de chaque côté, se continuerait par une demi-plate-forme ronde, qui formerait la première marche d’un escalier demi-circulaire et de forme pyramidale, tel que vous verrez dans mes croquis et dans les gravures du Country-Life que vous remettra Miss. Cet escalier devra être en pierres très rustiques et très inégales, comme dans le modèle ci-joint. Sans doute il nous obligera à une brèche plus étroite dans le mur-bahut, ce qui d’ailleurs ne me déplaît pas. La disposition de ce mur resté au surplus identique avec ces boules de pierre. Un second sentier dallé pourrait conduire à la porte de l’escalier, mais je crois qu’on pourrait laisser s’ouvrir dans l’herbe et dans les fleurs les portes du petit salon de Madame et de la salle des enfants. Devant la vasque de votre fontaine (qu’il faut laisser bien simple et bien carrée comme elle est, tel un abreuvoir), je mettrais, comme un dallage, l’arrangement de brique et pierre dont je vous envoie une reproduction dans le Country Life. A condition d’avoir bien exactement ce rayonnement de briques et cette irrégularité de pierres, cela sera d’une simplicité campagnarde et délicieuse. On posera sur ce tapis de pierre, les pots que l’on viendra rafraîchir, etc.

J’oubliais de vous dire que je réserverais le côté massif entouré de pierres du jardin de l’aquarelle pour la partie terrasse très vaste qui est située devant le salon de Madame et devant un pan de mur sans fenêtres. L’autre côté de la terrasse, celui devant les portes du hall et de l’escalier, j’y mettrais des tapis de gazon. Je voudrais que, pour aisni dire, de autes fleurs et des arbustes fissent le pendant de l’aile avançant (voir croquis). Ce serait le moment de faire faire ces travaux de dallage puisque les maçons sont là.

Vous trouverez dans le studio où il y a l’aquarelle italienne, un modèle de cadran solaire que nous n’avons qu’à copier. Nous ne trouverons pas mieux. Il n’y a qu’à remplacer la devise latine par : Je ne mesure que les beaux jours. Je placerais ce cadran dans la partie du mur qui est au-dessus de la porte de la salle des enfants, car il y a là un vaste morceau de muraille un peu nu, où ce motif décoratif fera très bien. C’est pour cela que je choisis un cadran de forme plus longue que haute. Nous trouverons facilement, pour l’ancienne place du cadran, quelque chose de décoratif. Nous en reparlerons. Mais il y aura plus longtemps le soleil à la place que j’indique, et l’œil pourra plus facilement lire, la hauteur étant moindre. Vous devriez faire copier le cadran, envoyer le dessin à Hauret, un ouvrier l’exécuterait le plus naïvement possible, on l’écorcherait et on l’écornerait un peu, et on profiterait des échafaudages pour le placer.

Je vous dis tout cela maintenant pour que vous soyez armé pendant votre séjour ici.

Tout va bien, sauf le parc. Nous allons avoir un retard terrible pour les plantations.

J’espère que cette lettre ne vous paraîtra pas trop embrouillée, et je vous serre cordialement les mains. Ne laissez pas Hauret et Carde m’exploiter trop sur les suppléments. Mille amitiés.

Edmond Rostand (+ croquis)

Edmond Rostand Avril 1905

Cambo, ce dimanche (au crayon, Avril 1905)

Cher Monsieur Tournaire,

1° – Cabinet Empire. Je suis complètement de votre avis pour le portrait au-dessus de la cheminée. C’est impossible, la cheminée est trop basse. Mais je vous envoie le croquis d’un projet que je trouve joli, pour le mettre en face, sur les glaces qui sont au-dessus du canapé. Il s’agirait de supprimer la frise qui abaisse l’alcôve, comme dans la fig. 1 ; de donner à l’alcôve ainsi une excavation plus haute ; d’allonger les deux colonnettes minces qui portent des petits aigles de bois doré, et d’augmenter les glaces de hauteur. Après quoi, on placerait, à plat, sur la glace du milieu, le portrait, encadré d’une mince couronne de chêne ou de lauriers dorée, pareille à la guirlande qui passe sur le haut de la glace, et à laquelle le portrait aurait l’air suspendu.

Cette combinaison que vous verrez sur la fig.2, me semble tellement jolie, qu’il faut absolument arriver, Pascau dût-il un tout petit peu tricher sur les dimensions de l’ovale, tout en le laissant assez grand pour lui garder son caractère. Peut-être même le cadre ovale peut-il toucher de chaque côté aux deux colonnettes, si vous le jugez préférable.

2° - Marbres toilette boudoir - Jaune de Sienne excellent.

3° - Pour ma toilette – Pas de marbre, faïence moderne, modèle à me soumettre sur catalogue.

4° - L’armoire du même cabinet – Faites-la toute en glaces.

5° - Mobilier chambres des enfants – J’accepte le prix, à condition qu’on en déduise le prix des 2 tables de nuit, que nous ne voulons pas ; que l’on donne à tous les meubles une petite forme anglais Louis XVI (dessins à me soumettre) ; que le lit de Jean soit un lit d’une personne ordinaire et celui de Maurice, pour personne de grande taille. (Madame Rostand vous prie, avant qu’on les exécute, de lui en soumettre les dimensions.

6° Chambre de Miss.- Il faut naturellement une toilette.

7° La grisaille de l’ancien salon – Nous ne l’avons plus. Prière de laisser la place, pour le trumeau qu’on cherchera.

8° Grand treillage de l’esplanade – Vous pouvez le commander, et même presser Carde de l’exécuter rapidement. On a planté 4 grands tilleuls des 2 côtés de la place qu’il doit occuper. Je ne sais pas si cela n’obligera pas à modifier un peu la partie en corne d’abondance ; que le contre-maître de Carde s’en assure sur place avant de commencer. Quant à la balustrade, qui est sous ce treillage, veuillez ne la commander à Hauret que sur un prix fait d’avance à forfait, car j’ai le sentiment qu’il a profité de ce que l’on ne l’a pas fait pour l’orangerie, pour abuser.
9° Pour le vase rond de l’escalier, je voulais justement vous envoyer le croquis ci-joint qui, étant donnée la nouvelle forme m’aurait semblé l’idéale : je l’ai copié dans la photographie d’un escalier italien, c’était bien la jardinière pour plantes basses qu’il nous fallait. Je vous en prie, si cela vous paraît préférable au dessin que vous avez envoyé à Hauret, télégraphiez-lui et envoyez lui ce corbillon, qui me parait exquis.

10° Parquets de mon cabinet et du boudoir M. Carde a commis une erreur grossière que je ne peux accepter. On s’est aperçu, non seulement que le parquet n’était pas axé dans les portes comme il le fallait, par l’erreur d’un ouvrier mais encore que les couleurs des bois sont mal distribuées. Dès que j’ai vu ce parquet, je l’ai trouvé horrible, ne rendant pas l’aspect géométrique du dessin. Le carré qui est au milieu du grand losange a été fait tout en chêne par M. Carde, alors qu’il ne fallait faire en chêne que les longues traverses, de sorte que tous ces carrés massifs de chêne rendent le parquet lourd et horrible, tandis que si le carré avait des triangles foncés, qu’il devait avoir et que vous trouverez dans la fig. 2, il serait rationnel et très joli.

Il faut avoir une singulière ignorance de ce que c’est qu’un parquet, pour commettre une pareille bourde !

Comme il faut retirer ce parquet, déjà à moitié posé, à cause de son erreur d’axe, il faut lui remettre les triangles en noyer d’Amérique dont il a besoin, --et ceci, aux frais de M. Carde, dont, je n’entends pas payer les erreurs. Ce n’est pas Perret qui aurait commis celle-là. Inclus 2 croquis explicatifs.

11° - Stores - Ils ont été posés. Ils sont assez agréables à voir, serviront l’été contre le soleil, mais je ne sais si, les nuits d’hiver, le léger claquètement qu’ils font, sera agréable. L’usage nous l’apprendra, et nous aviserons plus tard si cela ne va pas.

Ce qui est plus grave, c’est que, dans les quatre baies du hall, on n’a pas fait des stores tout-à-fait assez larges, de sorte que, de la terrasse, on aperçoit les petits bois de la monture quand le store est levé, comme vous le montre mon croquis. Comment réparer cela ?

Et enfin, la corde sort très souvent de la poulie, ce qui est peu grave en ce moment, mais quand ces poulies seront dans ma chambre et dans le hall cachées dans la boiserie, comment fera-t-on pour replacer la corde ???? Ceci est très sérieux, et il est impossible de démolir les boiseries chaque fois que cet accident arrivera.

Cher Monsieur Tournaire, je ne veux pas vous fatiguer davantage aujourd’hui, et je remets à ultérieurement d’autres observations. Vous n’avez pas idée comme ces derniers travaux se sont relâchés et comme il faut que je sois là continuellement, personne ne surveille rien.

Je ne vois rien venir pour le cadran solaire, il faut cependant qu’Hauret s’en occupe, et qu’on fasse les retouches nécessaires à la ………………….
inachevée

Edmond Rostand Fin Avril 1905

Cambo, Mardi. (fin avril 1905, au crayon)

Cher Monsieur Tournaire,

Je vous signale comme très grave, l’erreur qui a été commise dans le toit de l’orangerie. Je ne peux accepter ce toit, que complètement étanche. Il ne l’est pas.

Les voûtes intérieures sont déjà abîmées, tachées ; elles sont destinées à s’écrouler dans peu d’années. Tout ce qu’on peut raconter de la porosité des pierres de la corniche est faux. Les taches partent du milieu de la voûte, et glissent vers les côtés.

Tout le travail de la terrasse au-dessus de l’orangerie a été stupidement fait, exécuté en sous-main, sans direction. D’ailleurs personne ne surveille plus le chantier. On s’est engagé à me livrer une orangerie parfaite : il faut que Hauret s’exécute. Si, comme des gens compétents me l’ont dit, on ne peut plus sauver la chose qu’en y mettant un grand plomb, cela ne ma regarde pas. D’ailleurs, je les crois tous très ennuyés de ce qui leur arrive là, et qu’ils fileront doux quand vous leur aurez parlé ferme.

Je vous signale encore, comme petit détail, (je suis bien obligé de faire cette police, puisque Cazalis a été incapable de le faire), que la ravalement de la cheminée de la bibliothèque a été mal fait par deux mauvais ouvriers, qu’on a été obligé de débaucher, mais qui n’ont pas bien arrangé la pierre.

Je vous serre bien cordialement la main, cher Monsieur Tournaire

Edmond Rostand

Edmond Rostand 20 Avril 1905

Lettre d’Edmond Rostand à Tournaire (jardin)
Rédigée par quelqu’un d’autre
Cambo, Jeudi 20 avril

Cher Monsieur Tournaire

Jardin – M. Allemand n’a pas encore commencé le jardin français qui est devant la maison, faute des buis qui ne sont pas encore arrivés. Il faudrait le presser, et surtout lui recommander de ne pas venir, cette fois, car on m’annonce sa venue dans quelques jours, sans s’être bien documenté sur ce que c’est qu’un jardin français, et sur les arbustes qu’il y faut. Ce qui manque aux angles de son jardin, ce sont des ifs taillés, ce qu’on appelle des ifs nanifiés. Il me semble incroyable qu’il ne puisse pas s’en procurer.

Ne pourriez-vous lui avoir vous-même cher Monsieur Tournaire, des renseignements précis, par votre confrère Marcel Lambert, architecte du palais de Versailles qui, en 1902, a fait replanter le fameux parterre du Midi ? M. Lambert pourrait, peut-être nous dire où il prend ses arbustes taillés, car il doit bien en mourir quelquefois à Versailles. Qui sait si son jardinier M. Bellair, n’a pas le droit de céder quelques unes des plantes qu’il élève dans les dépendances du Parc ? Qui sait-même – puisque nous cherchons des orangers – si l’orangerie de Versailles ne se débarrasse pas quelquefois de quelques orangers. Songez qu’elle en a deux mille !! Quant aux ifs taillés que M. Allemand ne trouve pas, il me semble qu’à Soissons il y en a.

D’ailleurs, sauf ce point là, le parc va très bien. Mais, entre nous, M. Allemand n’y est pour rien, et tout marche au hasard, livré à Zacchi, le contremaître, que, heureusement, je surveille. J’espère qu’à la fin, l’ingéniosité de M. Allemand trouvera à s’exercer.

Stores – A l’heure qu’il est, toutes les cordes de tous les stores sont cassées. Qui les réparera ? Et comment fera-t-on quand le système sera sous la boiserie ? Les montants, dont je vous signalais le dépassage qui est de plus en plus affreux, ne sont même pas solidement posés : j’aimerais que vous vissiez ce travail de vos yeux. J’ajoute que, indépendamment de leurs cordes qui m’ont l’air mauvaises et destinées à s’embrouiller et à se casser souvent, les stores sont par eux-mêmes très bien, et seraient très commodes … s’ils manoeuvraient. Escalier – Plus je pense à l’idée de plomb doré, plus je la trouve heureuse.

Veber – Je l’ai remercié de l’envoi d’une photographie de son panneau, qui m’a paru charmant. Mais je vous prie encore de faire un prix avec lui, car je ne veux pas traiter cela moi-même, et les protestations qu’il n’en veut pas faire une affaire d’argent me gênent beaucoup. Puisque c’est vous qui avez eu l’idée de vous adresser à lui, qu’il est votre ami, que vous surveillez le travail, c’est à vous de l’estimer.

Personne encore au cadran solaire. Le réglage en est réglé, soit, mais qui donnera à la figure du soleil les reliefs qui manquent, et le coup indispensable pour que cette sculpture ne soit pas en beurre ?

Carde parait ralentir ses mouvements. On n’a pas encore réparé l’erreur du parquet, et cela empêche Perret de travailler.

Vous savez que, dans les 4 petits ronds qui sont dans les 4 panneaux du jardin français, il faudrait 4 petits motifs ; soit statuettes, soit urnes. Je suis pour 4 urnes, mais comment trouver un modèle assez fruste pour aller avec la maison ? Il faut que cela ait l’air de vieux morceaux de ruines rapportés là ; que cela ne soit pas trop fin, trop Louis XVI, etc. Bref, il faut quelque chose dans le genre des balustres trapus que vous avez trouvés pour la longue terrasse.

Je vous envoie le dessin d’une urne en pierre massive, bien lourdaude, et ayant en même temps, beaucoup de cachet. C’est un vieux vase italien. Ne pourriez-vous faire exécuter 4 vases comme cela, qui feraient très bien dans les 4 ronds-points, surtout avec des fleurs dedans, et un rond de buis à leur pied. Mais il faudrait que ce vase fût copié textuellement, avec sa naïveté, sa grossièreté, et sans finesses. La torsage de vigne doit garder sa vigueur naïve. Vous pourriez faire faire cela à Paris, sous vos yeux, soit en pierre, soit en fausse pierre, ce qui pourrait ne pas être cher, et, une fois culotté, ferait très bien. Dites-moi dans quel prix cela irait, et quelle serait la dimension qui serait la plus décorative, tout en restant très puissant. En marge : L’original a 1m 66 de haut

Cher Monsieur Tournaire, j’espère que vous allez toujours bien.

Les écuries, dont la silhouette est terminée, font extrêmement bon effet, tout à fait pittoresque.

Meilleurs souvenirs et mes hommages à Madame Tournaire.

Edmond Rostand

Edmond Rostand aménagements intérieurs

Cher Monsieur Tournaire,

J’ai reçu votre lettre et voici les différentes réponses qu’elle demande.

1° Cabinet Empire – Vos dessins sont parfaits, et je vois que, non seulement le tableau ira bien avec cette combinaison, mais encore que la pièce en sera très embellie. J’ai hésité entre vos deux croquis : c’est le second qui me plairait le plus, parce le cadre passant sur les colonnes est plus gracieux que serré entre elles ; mais le tableau est un peu grand et écrase un peu. Voyez donc avec Pascau s’il y a moyen de tout concilier en arrondissant u peu le cadre, en forme tout à fait de couronne, comme dans mon croquis. Mais il faut naturellement que le tableau s’y prête. Comme le Grand-Chancelier a permis qu’on transportât l’original du Palais de la Légion d’Honneur chez Pascau, Pascau pourra très bien avec vous décider de cela. Je vous laisse libre, à vous deux, de choisir entre les trois croquis. Mais, ce qu’il faut, c’est bien garder la couronne de chêne rattrapant la guirlande des aigles, et, par conséquent, que ce travail soit fait, non par un encadreur, mais par Blain, sur le meuble même.

2° - Vases de l’escalier – Votre combinaison nouvelle était très bonne, et je l’aurais, peut-être préférée à la mienne, si vous n’aviez jeté cette idée de la corbeille dorée. Je crois que cela serait ravissant. J’ai tout de suite pensé à du bronze doré. On exécuterait les corbeilles en même temps que les quatre mascarons de la fontaine, et cela se tiendrait bien ensemble. Puis, je me suis dit qu’il serait moins cher, peut-être et plus joli, de faire corbeilles et mascarons en plomb doré, comme la fontaine de la salle à manger. Le plomb doré est ce qui va le mieux avec la pierre, ce qu’on employait autrefois. Il n’y aurait en somme, qu’à faire un moule de macarons, et un moule de corbeilles. Voyez le prix que cela pourrait coûter. Le plomb se dore à la feuille, ce qui doit être bien moins cher qu’au mercure. Ces notes dorées de la rampe et de la fontaine, s’harmonisant avec la guirlande dorée de la glace, seraient parfaites. Vous feriez exécuter cela sous vos yeux, plus rapidement qu’à Bordeaux. La question est de savoir ce qu’on verrait à travers la résille dorée : je pense un récipient en fer-blanc qui, lui, serait mobile, contiendrait la terre et les fleurs, et dont on pourrait peindre l’extérieur en crème, couleur pierre. Dans mes deux croquis, vous verrez que ce récipient pourrait peut-être plonger dans la colonne, au-dessus de la corbeille, ce qui vaudrait mieux pour les racines des plantes. Il est bien entendu que vous feriez faire, à Paris, ce récipient avec la corbeille elle-même.

3° - Lits des enfants – Vos dimensions sont à modifier comme suit :
Lit de Maurice : longueur :2m 05 ; largeur : 1m 20
Lit de Jean : longueur 2m, largeur : 1m 15.

Quant à leur forme, je vous envoie la gravure de 2 lits que je trouve très jolis, tous les deux. Je me demande même si celui qui est en acajou et marqueterie ne serait pas très joli fait en double pour notre propre chambre, car c’est le style Sheraton, qui va très bien avec le Directoire. Mais, tout réfléchi, il vaut mieux le lit pareil aux meubles que Maubert doit exécuter. Un de ces 2 dessins pourrait être joli pour les enfants. Libre à vous d’en trouver un meilleur.

4° - Moulures dorées – Quant au lot de moulures dorées que vous demandez pour le salon Louis XVI, elles sont chez Chenue, où vous devriez les faire prendre par Blain. Comme elles sont plutôt Louis XV, elles ne pourront aller. Mais elles pourront servir de modèle pour fabriquer les mêmes en Louis XVI, et le doreur que vous emploieriez serait forcé d’en copier la patine, admirablement réussie.

Elles-mêmes pourront ensuite encadrer des panneaux de soie, dans la chambre d’ami Louis XV, où, à cause des armoires, il y a peu de panneaux à tendre, et cette pièce serait ainsi toute faite.

5° - Comptes divers – M. Labat ayant été absent, comme vous avez pu le voir, n’a pu vous envoyer ces comptes, qu’il vous adressera demain.

Cher Monsieur Tournaire, je ne veux pas vous fatiguer davantage aujourd’hui.
Je vous serre bien cordialement les mains.

Edmond Rostand

P.S. Pour la cheminée de la salle à manger, j‘ai vu que vous aviez mis des bronzes. Exigez-les, bien entendu, dorés au mercure, car les fabricants jouent toujours sur les mots, et profitent de ce qu’on ne peut voir la fraude qu’en dévissant le bronze, pour ne pas du tout dorer au mercure.

Edmond Rostand Décembre 1905

Arnaga Cambo (Basses-Pyrénées)
(indication au crayon : Déc. 1905)

Cher Monsieur Tournaire,

Je ne vois rien avancer. Hauret n’a pas encore changé les carreaux noir et blanc : il fera ça à un moment où il abîmera tout. Briquart envoie lentement. Je viens de recevoir le projet Dauger. A première vue les personnages me paraissent un peu grands et devront écraser les lits, compter trop dans la chambre. Je vais vous répondre d’ici deux jours. Il me semble qu’il aurait pu trouver dans Prud’hon des scènes qui perdraient moins à être grossies : car ce bas-relief de [Thomise] est composé pour être une petite, une toute petite frise de pendule, de la ciselure. Il est très joli, mais gagnera à n’être pas trop grandi.

Je vais vous écrire. Mille souvenirs

Edmond Rostand

Edmond Rostand (1905?)

Cher Monsieur Tournaire,

Je vous réponds tout de suite pour Maubert, et prends un jour de réflexion pour les statues.
Il faut sans hésitation donner la commande du meuble Salon à la jeune maison : la différence est trop grande. Il est évident que les bronzes que nous mettait Maubert seraient plus corsés et mieux dorés : tâchez de mettre la puce à l’oreille de votre homme à ce sujet, de lui recommander la ciselure et la dorure. –Faut-il lui envoyer la pendule pour qu’il la raccorde bien, et imite sa dorure ? – Il faut qu’il fasse les cotés du meuble en étagères et non en armoire

(croquis du meuble)

Commandez-donc tout de suite ce meuble.
Mais commandez en même temps à Maubert les deux lits Empire, ceux ainsi (croquis) formés : ils sont délicieux. Quant au petit meuble qui va entre les deux je veux un meuble plus bas dont je vous parlerai. Donc réservons. Mais ceci, les lits, peut être commandé. Tâchez d’avoir une petite différence de prix. Le fond étagé est joli. Je vous renverrai les dessins avec mes observations.
Je vous récrirai demain. J’ai peur de manquer le courrier. Tout à vous. Je vous envoie un papier coupé sur le marbre des meubles à [trouver]. Tout va lentement. Enfin !

Tout votre

Edmond Rostand

Rosemonde Rostand vers 1905

Lettre de Rosemonde à Tournaire

ARNAGA
CAMBO (Basses-Pyrénées)

Cher Monsieur Tournaire,

Nous voyons, par un petit croquis reçu à l’instant de Gaston Latouche, que vous lui avez donné, pour ses peintures, le plan par lequel les dites peintures passent, encadrées, au-dessous des poutres.

Vous verrez par vous-même puisque, à notre grande joie, vous allez être ici dans quelques jours, que cet arrangement n’est pas du tout le meilleur, car les boiseries ont été remontées et si on ne laisse pas les peintures monter jusqu’au plafond (avec les poutres mordant dessus ce qui n’est pas du tout laid, au contraire !) on n’aura plus que de longs panneaux étranglés, avec, au dessus, des vides impossibles à bien arranger.

Mr Rostand me charge de vous dire (au galop car le courrier va partir) qu’il veut absolument pour les peintures L’arrangement qui monte jusqu’au plafond, avec les poutres il n’y en a que trois) mordant sur un peu de ciel ou de feuillage, et il vous prie d’avoir la gentillesse d’y veiller.

A bientôt et nos meilleures amitiés

Rosemonde Rostand

Meilleurs souvenirs à Mme Tournaire

Edmond Rostand 27 Février 1914

Arnaga
P.T. Cambo (3 kil.)
Train, Halsou, (1 kil.)
27 Février 1914.

Cher Monsieur Tournaire,

Je ne demande pas mieux que de laisser prendre les photographies dont vous me parlez ; malheureusement, tout l’intérieur d’Arnaga n’est en ce moment-ci qu’un chantier imphotographiable. Je suis entrain de refaire la niche de la salle à manger pour avoir un grand dressoir de marbre, et de remplacer par un poêle de marbre la cheminée qui fumait ; une partie de la boiserie est enlevée ; tout est à repeindre ; il y a du travail pour plus d’un mois. Comme on a remplacé le salon de tapisserie, qui se mangeait aux vers dans ce pays, par des laques chinoises, on est en train d’achever le plafond, de sorte que la bibliothèque et le hall servent de magasins de meuble au reste de la maison.

    Pour ce qui est du dehors, tout est affreux actuellement. On retourne les pelouses et on refait les gazons, la gelée et les cyclones ont produit de grands dégâts, vous ne feriez que des reproductions horribles.

    Il faudrait gagner au moins cinq à six semaines.
Par contre, il vous faudra accepter sous votre responsabilité de tous ces changements qui peut-être ne vous plairont pas. Ai-je besoin encore une fois de vous dire que dès que l’ordre sera rétabli e que le Printemps aura un peu fait son œuvre, vous pourrez venir photographier tant que voudrez ?

    Monsieur Labat qui a d’excellents appareils, pourra vous éviter d’annuler et photographier, il sera à votre disposition pour tous les clichés que vous voudrez faire et dont il vous remettra les plaques pour le tirage. Il va d’ailleurs vous envoyer, pour le cas où elles vous intéresseraient, les cartes postales qu’il a faites et qui existent déjà.

    Mes hommages à Madame Tournaire, et toutes mes meilleures amitiés

Edmond Rostand

Arnaga. Cambo
Excusez ce gribouillage ; je vous écris de mon lit, étant souffrant.

Edmond Rostand tableau Henri Martin

Cher Monsieur Tournaire,

Il faudrait que vous vissiez au plus tôt Henri Martin. Il m’écrit pour me dire qu’il achèvera son tableau sur place. Et il me demande un avis définitif. Je n’ose trop lui dire que si son paysage me semble admirable, j’ai peur que ces figures n’aillent pas dans l’ensemble. Ni l’ameublement, ni le genre du hall ne me semblent comporter une trop simple paysannerie. Je suis sur qu’une de ces figures adorables comme il en a déjà souvent fait passer dans ses fresques, antiques ou allégoriques, ferait mieux. Une Solitude, une Rêverie, un Virgile, [ illisible] ? Je n’osais le lui dire, parce que je ne veux l’obliger à rien, et que contre son sentiment il ne fera rien de bon. J’avais surtout peur de le forcer à mettre au Salon une oeuvre qui lui déplût en partie. Mais puisqu’il veut faire sur place, c’est qu’il a renoncé à faire de ce panneau son exposition. Alors il faut surtout penser à la salle où il sera placé, et à l’ensemble. Notez que tout dépend de l’exécution : voyez un peu ce qu’il fait et jugez. Il me semble que vous devez veiller à cela. Dites moi franchement votre avis. Vous pouvez d’ailleurs dire à H. Martin ce que moi je ne peux lui dire.

Mille amitiés

Edmond Rostand

Il ne faut pas trop mélancoliser cette pièce par une trop pauvre robe et une trop réelle veste ; il faut qu’on y puisse oublier un peu la vie. Il est vrai qu’on peut tout idéaliser ; il s’agit de savoir comment il enveloppe ses personnages. Mais si on fait du réel, dans ce cadre, il faudrait un réel s’accordant avec l’extérieur, un basque en béret, un paysan d’ici : cet homme de Cahors ne s’harmonise pas.

Grün Légion d'Honneur

Les Girouettes
Breuil en Auge (calvados)
Tél : 6 (Locomotive)
Breuil-Blangy

(avec un beau croquis à l’encre surlignée de crayons de couleurs. Une cravate avec médaille et un peintre représentant Tournaire)

Bravo mon cher Maître
Pour votre cravate
De commandeur
Si bien méritée
Croyez à l’assurance
De ma considération
Distinguée

Grün