Expositions/2017 Année Jean Rostand

2017 Année Jean Rostand

Jean Rostand 1894-1977

par Béatrice LABAT, conservatrice du musée Edmond Rostand

Descendant d’une famille lettrée immensément célèbre, Jean Rostand rejette dans sa jeunesse la littérature, héritage trop lourd pour le fils de l’auteur de Cyrano de Bergerac et de Chantecler. Dans cette exposition, nous vous proposons de suivre son cheminement, enfant solitaire et timide, passionné par les insectes, jusqu’à l’écrivain scientifique et humaniste devenu aussi célèbre que son père. Jean Rostand a publié plus de 90 livres. Pamphlets de révolte après la première guerre mondiale, livres de vulgarisation scientifique et d’histoire des sciences, ouvrages humanistes sur les grandes questions de l’après-guerre, sans compter les articles sur ses recherches en biologie. Ses écrits ont marqué toute une génération. On ne compte plus les écoles, collèges, avenues qui portent son nom. L’Académie française lui a ouvert ses portes, comme à son père avant lui. Tout au long des pièces de cette exposition, laissez-nous vous faire découvrir l’homme que fut Jean, fils d’Edmond et de Rosemonde.

Cette exposition s’appuie principalement sur les travaux de : Albert Delaunay (1910-1993), médecin, biologiste et homme de lettres, ami de Jean Rostand. Collections musée Edmond Rostand. Jean-Louis Fischer, Historien des sciences de la vie et de la médecine, auteur notamment du numéro spécial de Pour la Science : Jean Rostand, un biologiste engagé, mai-août 2001. Alain Dubois, ancien élève de Jean Rostand, professeur au Museum national d’histoire naturelle qui a réédité et commenté : Jean Rostand, un biologiste contre le nucléaire, éditions Berg international. Et l’amical soutien de Jacques Frétey, herpétologue (étude des reptiles), spécialiste mondiale des tortues marines : « C’est surtout Jean Rostand qui a été le propulseur primordial de mon parcours et le plus important à partir de quoi toutes les étapes de ma vie de naturaliste se sont succédées ».

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Télécharger le panneau 05 Andrée Mante et leur fils François

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Télécharger le panneau 07 La dénonciation des Riches

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Télécharger le panneau 08 L'intolérabilité de la mort

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Télécharger le panneau 09 L'antinucléaire

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Télécharger le panneau 10 Citoyen du monde

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Télécharger le panneau 11 Etre pacificite c'est ...

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Télécharger le panneau 12 Entre conviction et ouverture d'esprit

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Télécharger le panneau 13 Agnostique et libre penseur

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Télécharger le panneau 14 Bibliographie scientifique

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Télécharger le panneau 15 Bibliographie littéraire

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Télécharger le panneau 16 Bibliographie de François Rostand

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Un enfant sauvage

Jean Rostand est né le 30 octobre 1894 à Paris. C’est encore un jeune enfant lorsqu’il arrive à Cambo avec ses parents. Il est d’un tempérament solitaire. « Quand les personnes voulaient voir mon père, je fuyais toujours dans le jardin. J’étais timide, extrêmement timide. Je ne faisais rien alors pour avoir, pour chercher le contact avec les gens. J’ai toujours eu très peur des hommes ». Adulte, il dit être resté « un grand sauvage ». « J’ai aussi le goût de la solitude. Timidité et solitude sont intimement liés . J’ai un très grand pouvoir de solitude je pourrais rester deux ans dans la maison et dans mon jardin sans en sortir ; je ne souffrirais pas ». Sans doute en réaction inconsciente envers son père, il a tout jeune « l’aversion, le dégoût de tout ce qui était littéraire ; j’étais un peu scientifique. Déjà à l’école, j’étais très mauvais en lettres et excellent en sciences, même en mathématiques. J’adorais mon père, je l’admirais, je le vénérais mais, certainement, j’ai dû faire une petite résistance. C’était et c’est peut-être la crainte de ne pas pouvoir faire quelque chose dans ce domaine ». Maurice a toujours considéré que Jean était, avec sa mère, la personne la plus importante de sa vie.

La passion de la biologie

La vie à la campagne offre au jeune garçon l’occasion d’observer la nature, éveillant son intérêt pour l’histoire naturelle. « Dans le grand parc familial d’Arnaga, et dans les bois avoisinants, je rencontrais, à profusion, de quoi entretenir ma passion naissante et stimuler mes curiosités ». « Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, je me vois fouillant la terre, battant les buissons pour attraper des mantes religieuses, attrapant des papillons avec un filet. A six ans, sept ans déjà, j’étais un passionné d’insectes.» Les insectes lui sont « plus précieux que les plus beaux jouets sortant des magasins ». Loin de tempérer cette passion, son père lui offre un petit laboratoire pour ses expériences. C’est à l’âge de neuf ans que son intérêt se transforme en passion avec la découverte des « Souvenirs entomologiques » de Jean-Henri Fabre. Son père raconte que ces livres « avaient le singulier pouvoir de faire tenir tranquille un petit garçon turbulent ». Jean décide alors de «prendre pour modèle ce vieillard en sabot». Plus question pour lui d’une autre carrière. « Je rêvais d’être naturaliste comme d’autres enfants rêvent d’être explorateur ou général ». Dessin préparatoire du portrait de Jean au papillon par Eugène Pascau, exposé dans le Grand Hall. Le filet à papillon est celui que Jean tient sur le tableau. Bouleversé par la lecture des «Souvenirs entomologiques», Jean écrit à Fabre qui lui répond et lui envoie quelques insectes de Provence. Photographie dédicacée « A mon jeune ami Jean Rostand, JH Fabre, Sérignan Vaucluse ».

Biologiste, écrivain, moraliste

Fils de deux poètes, un père couvert de gloire, Jean choisit de s’écarter de la littérature pour la biologie. Ses recherches sont d’une grande diversité. Les plus importantes portent sur la parthénogénèse (reproduction par voie chimique d’œufs non fécondés), sur l’étude des anomalies chez les batraciens, sur la conservation des cellules. Jean Rostand est aussi un important moraliste. Humaniste engagé, il fustige les fanatismes, les injustices. Il cherche à mettre en garde contre les progrès de la science et notamment sur les dangers des essais nucléaires. Dans les années 70, il s’engage en faveur des droits des femmes. Jean Rostand se révèle un grand vulgarisateur scientifique. Ses livres ont marqué toute une génération. Car le fils d’Edmond Rostand a un véritable style. « C’est un savant qui écrit bien mieux que personne » dit de lui André Maurois. Il écrit quatre-vingt dix ouvrages entre 1919 et 1975. Il est élu à l’Académie française en 1959. Mais ce qu’il préfère entre tout, c’est d’être « au bord d’un étang, quand je pêche des grenouilles, des têtards ». « La morale biologique est basée sur trois critères : se comporter non comme un animal mais comme un homme ; non comme un enfant, mais comme un adulte ; non comme un névrosé, mais comme individu sain » « Je sais très bien qu’il y a en moi un peu de romantisme à la Cyrano. « Ne pas monter bien, peut-être, mais tout seul »

La famille de Jean Rostand : Andrée Mante et leur fils François

A l’âge de 26 ans, Jean épouse en 1920 Andrée Mante. Andrée est sa cousine germaine, la fille de Juliette, sœur d’Edmond. C’est une femme douce et effacée. Artiste sensible, elle sculpte et dessine de nombreux portraits de la famille et des amis. Leur fils François nait l’année suivante, en 1921. « J’attendais la naissance de mon fils avec intérêt, mais sans nulle fièvre. Je ne pensais même pas particulièrement à la venue d’un enfant. Mais à peine fut-il né que tout changea ! Ce fut pour moi, un véritable coup de foudre ! Ce petit animal soudainement entré dans ma vie représente dès lors quelque chose d’énorme, de capital, pour moi. Ce fut brusque et immédiat. Par la suite, la sensation de ce prodige énorme a subsisté… Une nouvelle vie avait commencé, bien plus sérieuse que ma vie propre. J’ai été - je suis ! – Un père très inquiet.» Jean va protéger son fils toute sa vie. Grâce à lui, François vit dans l’aisance. Le fils s’inscrit dans la tradition familiale en écrivant. Son intérêt le porte vers les mathématiques et la linguistique. Mais le poids de la lignée familiale semble lourd pour le dernier des Rostand, discret et solitaire. Il s’éteint en 2003 chez les petites soeurs des pauvres, sans descendance.

Humaniste engagé

Le révolté de la grande Guerre

Comme son frère Maurice, il est profondément opposé à la guerre. Sa révolte s’exprime dans un ouvrage qu’il publie en 1919 sous le nom d’emprunt de Jean Sokori «Le retour des pauvres». Ce pamphlet accuse avec virulence les «Riches». Pour lui, les Pauvres sont «allés se faire tuer, sans protester, sans hésiter, pour défendre les biens des autres hommes», «pour vous, pour votre argent à vous, pour votre honneur à vous». Il prévoit qu’au retour des soldats « vous recommencerez à les traiter comme autrefois », «vous aurez pour eux la même insolence, une haine égale, un pareil mépris. Rien ne sera changé. Vous referez tout naturellement balayer vos parquets et enlever vos ordures par ces hommes merveilleux». L’éditorialiste de l’Humanité juge l’ouvrage « d’une bonne volonté un peu jeune ». Plus tard Jean Rostand en dira «C’était de petits pamphlets sociaux pour exprimer une espèce d’état, mettons une certaine révolte sociale ; j’avais besoin d’exprimer des sentiments, d’une façon peut-être un peu naïve mais en tout cas avec une sincérité qui a touché certains lecteurs.» Photographie de Jean (2e à droite) au Val-de-Grâce. Jean a 20 ans en 1914. Comme tous les hommes, il est réquisitionné. Mais de constitution chétive, il est réformé. Il s’engage dans le service de santé, comme infirmier à l’Hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. Il travaille en laboratoire sur le traitement de la syphilis et du typhus.

La dénonciation des Riches

Un an après le «Retour des Pauvres», Jean Rostand publie sous son vrai nom «La Loi des Riches». Il couvre cette fois-ci sa colère d’un humour féroce. Dans ce texte parodique, Jean incarne un père riche qui veut combattre la «sensibilité étrange» de son fils. «Tu as des remords, des hésitations, des scrupules. Tu te demandes, n’est-ce pas, s’il est bien juste que les Pauvres soient pauvres». Il exige de son fils qu’il applique «La Loi des Riches». «Notre classe est menacée par les Pauvres déchaînés. Des hommes qu’on appelle socialistes, c’est tout dire, ont perverti le cœur des Pauvres et leur apprennent patiemment les moyens de s’unir pour nous abattre. Tout ce que racontent les pauvres est faux. Ils mentent avec effronterie. La Loi interdit formellement de leur accorder quoi que ce soit. Il n’est pas difficile, parbleu ! de donner ; il est bien plus difficile, et autrement méritoire, de refuser. Tu rends aux pauvres même que tu prétends soulager le plus déplorable des services. Si tu t’apitoies sans contrôle, si tu donnes à tort et à travers, comment veux-tu que les coupables se corrigent ? » Jean Rostand. La Loi des Riches. Éditeur Bernard Grasset Paris, 1920 Exemplaire dédicacé à son frère Maurice Rostand. Quarante ans après la publication, Jean Rostand analyse son livre. «Dans la Loi des Riches, je traite des rapports sociaux à cette époque, il y a à peu près 50 ans. Les riches et les pauvres, des riches avec leurs serviteurs, des patrons et des ouvriers. C’était un livre de révolte sentimentale. S’il avait fallu situer ce pamphlet politiquement, il aurait été à l’extrême gauche. Je n’ai jamais fait de politique, mais j’ai toujours eu des idées très marquées j’ai toujours été pacifiste et surtout très égalitaire, sans jamais adhérer à aucun parti.»

L’intolérabilité de la mort

Avec « Pendant qu’on souffre encore », Jean Rostand change de ton. Son pacifisme devient moins généraliste, plus personnel. Il l’incarne, l’humanise. Dans la première partie, « Celui qui aime », il fait parler la femme du soldat qui part au front, sa souffrance, sa révolte, son refus de la mort de l’être aimé. « Jamais je n’admettrai qu’il puisse y avoir une équivalence entre sa vie et les buts que vous me proposez». Il révèle le besoin des épouses « d’élever à leur place le cri animal de l’instinct qu’ils ne veulent pas se résoudre à pousser ». Dans le chapitre suivant «Celui qui ne veut pas mourir », il prend la défense du déserteur méprisé car il a « l’inconvenance inouïe de vouloir vivre. ». Il raconte ces jeunes forcés à combattre, accusés de lâcheté. Pour Rostand «… toute honte, tout mépris valent encore mieux que de ne plus être, et qu’il faut n’avoir jamais vu un cadavre pour ignorer l’insolente supériorité des vivants ». Il proclame « l’intolérabilité de la mort » et réclame le respect pour les « innocents, qui ne commettent d’autre crime que de vouloir vivre quand tous meurent ». Jean Rostand. Pendant qu’on souffre encore. Editeur Bernard Grasset. 1921.

L’antinucléaire

« On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un dieu ». Jean Rostand s’inquiète du pouvoir destructeur du nucléaire pour l’humanité. L’armement atomique en premier lieu. « Hiroshima. Nom sinistre, abhorré à jamais inscrit dans les annales des crimes de l’homme contre l’homme ». Il condamne les essais. « Les explosions nucléaires font pis que tuer ; elles préparent de la mauvaise vie, elles mettent en circulation des gênes défectueux qui vont proliférer indéfiniment ». Il est l’un des fondateurs du Mouvement contre l’armement atomique en 1963. Il craint aussi la folie d’un individu. La décision de déclencher la bombe « peut être prise par un seul homme, un seul : qui peut être un agité, un persécuté, un mégalomane, un névrosé enfin, puisque jusqu’à nouvel ordre on n’exige pas de ceux qui nous conduisent un certificat de psychiatre ». Jean Rostand et Albert Schweitzer dans la maison de Jean Rostand à Ville-d’Avray. Photographie de Erica Anderson, New York. Albert Schweitzer (1875-1965), philosophe et médecin alsacien, fondateur en 1913 de l’hôpital de Lambaréné au Gabon. Prix Nobel de la paix en 1952. Il dénonce à partir de 1954 le danger des armes et des essais nucléaires.

Citoyen du monde

Le 15 novembre 1968, Jean Rostand prononce un discours sur le pacifisme dans la salle de la Mutualité, à Paris. « Quand on voit les atrocités, les injustices, les exactions commises au nom de l’idole patrie ; quand on voit à quelles sanglantes impasses conduisent tous les nationalismes ; quand on voit comment, pour un peu de pétrole, de cobalt, ou d’uranium, les sentiments les plus élémentaires d’humanité se trouvent bafoués… comment ne pas rêver, tout au moins, d’une humanité sans frontières et capable enfin de se consacrer à des tâches non plus mesquinement nationales, mais planétaires. » « Le spectacle que donne présentement le monde n’est pas fait pour rassurer les amis de la paix. Jamais il n’a paru plus désuni et plus éloigné de l’union. Partout flambent les nationalismes, les chauvinismes, les racismes, les fanatismes. » « Or, il n’est qu’un moyen de conjurer le péril, un seul moyen de prévenir le déchaînement des forces infernales : c’est la constitution d’un gouvernement mondial. » « Etre Citoyen du Monde, c’est parier pour la survie de l’Humanité ». Jean Rostand

Etre pacificiste c’est :

« c’est ne prêter qu’une oreille méfiante à ceux qui recommandent aujourd’hui le massacre, sous prétexte qu’il en préviendra un plus copieux demain ; c’est, sans méconnaître les droits de l’avenir, donner la priorité à la vie des vivants ; c’est vouloir la paix, même si elle n’a pas tout à fait la couleur qu’on préfère ; c’est admettre que l’intérêt de la paix puisse ne pas coïncider avec celui de notre patrie ou de notre idéologie ; c’est oublier cette ignoble vérité que le sang sèche vite ; c’est garder toujours présent à l’esprit l’inépuisable contenu négatif du mot PAIX, tout ce qu’il comporte en lui de non-souffrance, de non-détresse, de non-misère, de non-désespoir, de non-désolation ; c’est s’affliger quand, pour quelque cause que ce soit, on voit un fusil entre les mains d’un enfant ; ... Un monde uni ne pourra être bâti que par des hommes et des femmes ayant au cœur ce pacifisme-là. »

Entre conviction et ouverture d’esprit

Jean Rostand est un homme de conviction d’une grande ouverture d’esprit. Il est en permanence conscient de devoir ajuster ses idées à la réalité. « Je suis contre toute dictature. Plus encore contre la torture. Je connais l’argument : J’en tue ou j’en torture trois, mais j’en sauve 20 000. Cet argument, je ne l’accepte pas. Mais je comprends que, dans un cas concret, on puisse se poser la question. Si, en 1939, quelqu’un avait pu dire : si je tue Hitler, j’empêcherai la guerre , où était son devoir ? » Sur la question de l’avortement, cet homme profondément respectueux de la vie humaine explique en 1972 : « Il y a 10 ans j’aurais dit non (à l’avortement) et j’aurais répondu : respect absolu de la vie ! J’ai étudié les dossiers et, là encore, j’ai un peu changé d’avis. Les conditions psychologiques et sociales sont telles actuellement que je ne peux plus le refuser. La société capitaliste où nous vivons permet aux filles de bonne famille de se faire avorter alors qu’elle l’interdit aux autres. Cette régression de classe m’indigne ». Il témoignera en faveur des accusées au célèbre procès de Bobigny en 1972. Le procès de Bobigny juge cinq femmes pour l’avortement d’une jeune fille après un viol. L’avocate Gisèle Halimi en fait un procès politique qui fera évoluer les mentalités et contribuera à la loi Veil en 1975. Jean Rostand fonde en 1971, avec Simone de BEAUVOIR et Gisèle HALIMI, le mouvement féministe CHOISIR, avec Jacques MONOD, Prix Nobel, comme co-président.

Agnostique et libre penseur

« La science a fait de nous des dieux, avant même que nous méritions d’être des hommes. Libre Pensée… Depuis les temps lointains de ma jeunesse, j’ai toujours associé ces deux mots, et j’ai toujours cru que leur indissoluble jonction était la condition nécessaire de tout progrès et de toute lumière. Au soir de ma vie, j’en reste plus convaincu que jamais, après avoir vu tant de mensonges et de critiques amenés par ceux qui, au nom d’un Dogme, d’un Mythe ou d’un Pouvoir, se permettent d’attenter aux droits sacrés de l’esprit. La culture ce n’est pas avoir le cerveau farci de dates, de noms ou de chiffres, c’est la qualité du jugement, l’exigence logique, l’appétit de la preuve, la notion de la complexité des choses et de l’arduité des problèmes. C’est l’habitude du doute, le discernement dans la méfiance, la modestie d’opinion, la patience d’ignorer, la certitude qu’on n’a jamais tout le vrai en partage ; c’est avoir l’esprit ferme sans l’avoir rigide, c’est être armé contre le flou et aussi contre la fausse précision, c’est refuser tous les fanatismes et jusqu’à ceux qui s’autorisent de la raison ; c’est suspecter les dogmatismes officiels mais sans profit pour les charlatans, c’est révérer le génie mais sans en faire une idole, c’est toujours préférer ce qui est à ce qu’on préfèrerait qui fût ». (Le droit d’être naturaliste) Jean Rostand a été Président d’Honneur de la Libre-pensée. « Jamais ! Jamais je n’ai été tenté par la foi et je n’ai jamais cru. Ça provient un peu des circonstances de mon éducation. À peine avais-je 9 ans, j’ai lu beaucoup de livres d’histoire naturelle. Ainsi, pour moi, la question de Dieu et de la survie ne s’est jamais posée, parce que j’ai été imprégné de cette littérature matérialiste. Jamais je n’ai eu la tentation de la foi. C’est rare qu’on puisse s’avancer comme ça, mais à 73 ans, je peux m’avancer. Non ! Jamais je n’irai vers la foi impossible ! Il y a incompatibilité absolue entre moi et la foi de ce genre. Je ne crois pas à l’âme, je crois que quand on est mort, c’est fini. Je ne crois pas à une punition ou à une récompense dans un paradis ou dans un enfer ».

Bibliographie de Jean Rostand

L’œuvre scientifique : Soixante-douze ouvrages publiés entre 1928 et 1975

Bibliographie littéraire : 18 ouvrages entre 1919 et 1970

Bibliographie de François Rostand

Ouvrages de François Rostand