Recueil : "Féeries"
Enfance, merveilleuse ronde
Où le plaisir vous prend la main ;
Minute enchantée où le monde
Semble tenir dans un jardin ;
Aucun souci ne nous effleure ;
La pendule en marbre rosé
N’est rien que la maison de l’heure,
Et l’heure sert à s’amuser ;
Tout parle…tout chante…tout brille…
Le travail lui-même est un jeu ;
L’air est tendre ; et, quand on s’habille,
La robe est un nuage bleu ;
Toute la vie est occupée
Entre les rêves les plus beaux :
Dedans, il y a les poupées,
Dehors, il y a les oiseaux ;
La journée est une lumière
Qui, le soir seulement, pâlit ;
Et, le soir, on fait sa prière,
A genoux sur un petit lit ;
Une fatigue merveilleuse
Vous prend dans des bras enchantés ;
L’avenir sourit ; la Veilleuse
Répand sa laiteuse clarté ;
Au pays léger des surprises,
On voyage toute la nuit,
N’ayant qu’une longue chemise
Tombant sur des pieds trop petits ;
La vie est encore lointaine
Tout au bout d’un rose chemin ;
On sait, si l’on a quelque peine,
Que tout s’arrangera demain…
Car, venant à peine de naître,
On croit, parmi l’air sans détour,
Que le bonheur, par la fenêtre,
Entre en même temps que le jour !